Le livre de poche

ABECASSIS Agnès – Soirée sushi

Réf: rf-ldp32063
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Description
Avis

Extrait 1

   Lou et Mina

   Aujourd’hui, 18 heures.

   Les lattes du parquet du salon craquent sous le poids d’une masse inconnue se déplaçant en mode furtif.

   Sortant la tête hors de la salle de bains, j’aperçois ma gloutonne de chienne ramper sournoisement vers la table basse, tentant d’approcher son museau de l’assiette dans laquelle ont été abandonnées des miettes de cookies.

   Il est moins une lorsque je hurle :

   - Milka, Panier !!

   Aussitôt elle fait demi-tour en trottinant, la queue basse, la moue piteuse mais l’œil brillant, l’air de dire : » Encore raté. Mais j’y arriverai, un jour, j’y arriverai ! »

   Sa duplicité est telle que c’est à se demander pourquoi je me coltine un animal, alors que je crains d’avoir un ami mâle.

   Peut-être devrais-je faire l’inverse, tout compte fait.

   - T’as mis tes asperges ? me demande Lou, sur le seuil de la pièce, pendant que je reprends mon maquillage.

   - Mes quoi ?

   - Tes lentilles.

   Je me marre en étalant mon fond de teint. J’adore que mes filles inventent leur propre langage, au lieu de se servir bêtement dans les expressions stéréotypées lancées par les jeunes de leurs âges, comme je… le faisais à leur âge.

   Pour elles, l’adolescence se pointe à grand pas. Déjà physiquement elles ont changé.

   Surtout Lou. L’âge ingrat n’est pas une bonne façon de définir ce qui lui arrive, car ses cheveux bruns, très gras, luisent comme si elle se shampooinait à l’Isio 4. Ses dents définitives, à peine sorties, se retrouvent déjà coincées derrière les barreaux d’un appareil, et sur sa peau éclosent ces premiers boutons roses témoins de l’entrée dans le printemps de sa vie.

   Je ne l’ai avoué à personne, mais ça me fait complètement flipper.

   Aussi je guette chez elle les prémices de cette période synonyme de rébellion et de musique pourrie, avec l’angoisse de l’automobiliste perdu en pleine cambrouse, suspendu à son téléphone portable, qui voit poindre l’entrée d’un tunnel.

   Sui seulement mes nioutes pouvaient avoir ala même adolescence que la mienne : pas de clopes, peu de flirts, habillée comme un sac qui se fout de la mode, toujours fourrée à la bibliothèque à dévoré des albums de bande dessinées ou des romans de science-fiction.

 

Extrait 2

   Le jour où Marcelino a rencontré Hortense.

   Partie, elle était partie.

   Elle avait quitté l’institut qu’il fréquentait depuis plusieurs mois sans l’en avertir.

   Il savait qu’il ne la reverrait plus. Alors bien sûr, il n’a pas eu d’autre choix que de partir aussi, car l’idée de se faire masser par la gérante Mme Martinez, lui était intolérable.

   Mme Martinez était une femme courtoise, gentille, chaleureuse, soignée, permanentée, mais elle avait le sex-appeal d’un yaourt périmé. Rien que l’idée qu’elle promène ses petits doigts boudinés suintants d’huile parfumée sur son échine lui donnait la chair de poule.

   Il devait s’en trouver une autre, il en avait besoin.

   C’est comme ça qu’il a rencontré Hortense.

   Elle était si jolie, si menue, si fragile, si dépourvue d’alliance, qu’il n’a pas résisté au « c’est à quiiiii ? » qu’elle lui a lancé de sa voix de crécelle, en apparaissant dans l’encadrement de la porte de ce nouveau salon de beauté qu’il venait d’investir.

   Sa chevelure rousse, à la coupe délicieusement années quatre-vingt, ses mains aux ongles recouverts d’un vernis nacré, sa petite blouse rose qui moulait sa taille fine… elle était à croquer, et il sentait justement son ventre gargouiller.

   A son appel, Marcelino se leva, déployant sa taille moyenne en lissant avec assurance ses cheveux bruns clairsemés, sûr du petit effet qu’aurait sur elle son regard de tombeur.

   En l’apercevant, Hortense se pencha vers sa collègue en train d’encaisser une cliente, et lui murmura quelques mots à l’oreille sans le quitter du regard. L’autre lui répondit, puis elles tentèrent d’étouffer de petits gloussements.

   « Bravo l’artiste, se dit-il, elle t’a remarqué, tu lui plais. »

   Instinctivement, Marcelino se mit à marcher de façon légèrement chaloupée jusqu’à la pièce qui lui était réservée. Son charme agissait, il le savait. Il n’était même plus étonné.

   En réalité, à voix basse, les deux jeunes femmes se sont dit :

   - Je te parie un billet que celui-là va me demander une finition.

   - Tu veux que j’appelle…

   - Que tu appelles la police ? Non, t’inquiète, je suis capable de le fiche dehors, s’il se tient mal.

   - Non, pas la police, ta sœur.

   - Ooh, vipère ! Huhuhu !

 

 

Descriptif

Editions Le Livre de poche 32063 année 2011 ISBN 9782253157540, bon état général, couverture souple, tranche et dos légèrement passés et marqués, pages moyennement jaunies, livre d’occasion broché format poche de 11,2x18,2 cm, 192 pages.



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