Albin Michel
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ABECASSIS Eliette – Une affaire conjugale

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Description
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Extrait 1

   Avant de rencontré Jérôme, je menais une vie de bohème. Je sortais le soir avec ma tribu. J’allais à des concerts, je prenais des verres, je rentrais à l’aube. J’écrivais des textes pour les chanteurs de rock. A dix-sept ans, la lecture de Simone de Beauvoir avait changé ma vie. Les Mémoires d’une jeune fille rangée et Le deuxième Sexe m’avaient décidée à prendre mon destin en main. A dix-sept ans, je donnais des cours de piano pour gagner un peu d’argent et être autonome. J’écrivais des chansons, je rencontrais des chanteuses qui partageaient mes idées, je me rendais aux enregistrements dans les studios, je les accompagnais dans les concerts. Ensuite nous buvions des bières en refaisant le monde jusqu’à cinq heures du matin. C’était une période exaltante. La chanson française était en train de renaître. Des groupes comme Les Têtes Raides, puis Debout sur le zinc, avaient remis les textes et les mélodies à l’honneur. J’avais les cheveux longs, noirs, les yeux bruns, maquillés en noir, du vernis noir, un piercing dans le nombril et j’étais exaltée.

   Après la naissance de mes enfants, j’avais coupé mes cheveux et renoncé au piercing ; je m’habillais en jean avec des santiags, des pulls ou des tee-shirts ; j’étais devenue androgyne. J’abandonnai aussi toute velléité de séduire mon mari, de m’habiller, de me maquiller et de me préparer avant qu’il rentre le soir. Devant l’inefficacité de la démarche, je finis par abandonner l’idée saugrenue de lui plaire comme autrefois. De toute façon, pour lui, je n’étais jamais assez : grosse, mince, sophistiquée, simple, sobre, colorée, distinguée, maquillée, pâle, bronzée, bref, attirante.

   J’avais été élevée par des parents musiciens, dans une famille de musiciens ; ma sœur était mariée, elle avait deux enfants. Dans ma famille bohème et romantique, entre Mozart et Chopin, personne n’avait divorcé : le mot même était tabou. Ma sœur enseignait le piano, mes parents étaient professeurs au Conservatoire. Ils évoluaient dans un univers de notes et de rythmes, un monde presque parfait. Toute la journée, ils jouaient. De la musique, des instruments, et aussi à croire au bonheur.  

   Quand ai-je pris la décision de divorcer ?

 

Extrait 2

   Le lendemain, je me réveillai brutalement. J’étais en nage. Mes draps étaient trempés. Des voix avaient résonné toute la nuit dans mon esprit : « En attendant, allez voir mon coach », « Je veux divorcer », « Vous devez me raconter votre histoire, je veux dire, l’histoire de votre couple », « Tu peux garder les enfants demain soir ? », « Demain soir, c’est bon pour toi ? »

   Je me mis à pleurer, comme si je sortais d’un cauchemar.

   Se rencontrer, s’aimer, partir en voyage ensemble, faire l’amour, se marier, avoir des enfants pour aboutir à un pathétique courriel derrière une porte fermée à clef : c’est donc si minable que ça, l’amour ?

   Parmi toutes les chansons qui parlent d’amour, aucune ne dit la vérité. La vérité c’est que le mariage est une hypocrisie sociale, que l’amour est une illusion romantique, que les enfants, loin de souder les couples, en sont les fossoyeurs, que les hommes trompent leur femme, avant de s’en défaire lorsqu’elle prend de l’âge, du poids ou des enfants, ou les trois, avec le temps d’attente plus ou moins long, selon les individus. La vérité, c’est qu’on commence par s’aimer, par se livrer entièrement, âme, corps et biens, et qu’on finit dans un bureau fermé à clef où s’accumulent les preuves et les documents de la trahison, de la rancœur, du mépris et de la haine. En revanche, entre époux, il y a : tromperie, manipulation, mensonges et abus.

   Comme le petit cochon, j’avais bâti ma maison avec de la paille et le loup venait d’y mettre le feu. A moins que ce ne fût moi, le loup, et lui, le porc : en cherchant à connaître la vie secrète de ce petit cochon qui vivait sous mon toit, j’avais dynamité ma demeure. Je m’en voulais d’avoir choisi cet homme. Je culpabilisais d’avoir gâché ma vie avec lui et d’avoir donné un tel père à mes enfants. Je repensai à ce moment où nous nous étions rencontrés, dans le train, où nous avions parlé, pendant quatre heures, lorsqu’il mâchait un chewing-gum. Il le faisait calmement, doucement, d’une façon un peu trop maîtrisée peut-être ? Ce que je prenais pour de l’élégance n’était peut-être qu’un manque d’énergie, de passion, d’appétit sexuel. En fait, il le mâchait sans conviction, ce chewing-gum. A la fin, c’était moi qui lui avais proposé de prendre mon numéro. Il allait partir, sans doute, sans me le demander. En tous cas, c’est ce que je m’étais imaginé. Alors, d’une façon un peu trop rapide, je lui avais proposé.

 

Descriptif

Editions Albin Michel de 2010 ISBN 9782226215147, état général assez bon, Jaquette, couverture souple, tranche et dos moyennement marqués, intérieur frais, livre d’occasion broché grand format de 14,2x20,7 cm, 336 pages



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