Fleuve Noir

ANTHONY Max – Panique chez les poissons solubles

Réf: sf-fna1798
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Description
Avis

Extraits

1/   Au-delà de l’orbite de Pluton, dans le vide noir de l’espace, un énorme fuseau gris sombre camouflé antiradar tournait lentement autour de son axe longitudinal.

   C’était un vaisseau C+1, à l’intérieur duquel était ainsi recréée une pesanteur artificielle.

   Il venait de manière parfaitement incognito, de la constellation du Capricorne, et plus exactement de Tsukimata, une planète colonisée par les Japonais et à gouvernement militaire. Cet astronef, par rapport à notre Soleil, était immobile. On aurait pu dire en stationnement interdit, puisqu’il n’avait pas pris contact avec la Terre.

   Yûhi, un jeune steward, se hâtait de remonter le couloir 13. Il se rendait chez le général qui commandait ce gigantesque bâtiment, lui apportait un plateau avec une théière pleine et deux tasses. Le couloir 13, c’était la première fois qu’il l’utilisait : il remplaçait Mitsubumi, un autre steward, auquel on était en train de recoller un bras. Yûhi n’avait encore jamais vu le général et redoutait l’instant où il devrait entrer chez lui pour y déposer son fardeau. D’après ce qu’on disait, l’officier était terrible… Terrible !

   Yûhi croisa un gradé dont le poignet gauche était entouré d’un anneau de synthéprotoplasme cicatriciel. L’oreille droite de l’homme, également, avait dû être recollée, c’était visible.

   Il continua son chemin encore plus rapidement et vit bientôt s’allumer un écran de signalisation à luminophores – un de plus. Sous une flèche dirigée vers la droite, de beaux idéogrammes japonais extrêmement décoratifs indiquaient : Bureau du Général.

   Le steward tourna à droite et faillit heurter un technicien qui arrivait en sens inverse. Le malheureux se servait de béquilles, visiblement pour suppléer sa jambe gauche : de ce côté, il était pied nu, et un anneau de synthéprotoplasme cicatriciel tout récent soulignait sa cheville.

   Yûhi soupira. S’il avait su, il se serait engagé sur un autre C+ : sur celui-là, les punitions étaient quasiment toutes des mutilations. Presque un tiers du personnel avait eu des doigts coupés, ou une main ou un pied, voire le nez ou les oreilles. Le général – à moins que ce ne fût un des officiers supérieurs – disait simplement, d’une voix unie : « Allez vous faire couper ceci ou cela à la chambre des tortures ! » Si vous n’y alliez pas, naturellement, la même chose vous était imposée, plus des tortures électriques… Après, bien sûr, le robot-chirurgien extrêmement perfectionné vous raccommodait très vite ; mais cela n’évitait pas la douleur ni la peur…

 

2/   Tim, Bunkyo et Ned s’enfuirent vers un bosquet d’arbres à l’allure imposante. Derrière eux, ils entendaient – se rapprochant rapidement -, un piétinement monstrueux qui faisait trembler le sol. Une fois parvenus sous le couvert, ils espérèrent être à l’abri. Mais ils déchantèrent vite : les uns après les autres, les arbres furent casés ou déracinés dans un bruit épouvantable : le monstre, qu’ils ne pouvaient même pas voir, les poursuivait sans la moindre hésitation. Incrédules, ils virent les troncs se plier en craquant sinistrement, écartés par une force irrésistible, invisible, terrible, indicible et incompréhensible.

   Les trois hommes restèrent un moment figés, assommés par cette suite d’événements stupéfiants. Lorsqu’enfin ils émergèrent de leur hébétude, ce fut pour se demander où ils pourraient bien aller. Alors, un piano égrena quelques notes, lentes, pures, très belles.

   - C’est le début de la sonate Clair de lune ! s’exclama Tim.

   Le son, relativement proche, semblait venir de leur droite. Après avoir un peu hésité, ils se dirigèrent prudemment de ce côté-là.

   Il y avait une porte.

   Effrayante.

   Au beau milieu d’un talus escarpé s’inscrivait une grande ouverture rectangulaire, à travers laquelle on découvrait un autre monde. Ou une autre dimension. Le ciel en était vert comme l’intérieur d’une cloche de cuivre et l’horizon curieusement incliné. La porte ouvrait sur une plage, que léchaient les vagues d’une mer oblique. De grosses choses d’un noir brillant sortaient de l’onde et s’en éloignaient en rampant sur le sable.

   Des pianos à queue. Mous. Ils aidaient leur reptation de leur deux pieds avant, laissant traîner le dernier derrière eux. Ces instruments émergeaient des flots par dizaines, puis glissaient vers le haut de la plage en traçant des bandes bien droites, parallèles entre elles, très lisses, chacune comportant une ligne centrale bien marquée.

   Une fois à une cinquantaine de mètres du rivage, ils soulevaient le couvercle de leur clavier, lentement, dans un mouvement que Ned qualifia intérieurement d’extatique. Les touches commençaient alors à s’enfoncer toutes seules pendant que retentissaient, admirables, cristallines, les notes du premier mouvement de Clair de lune, adagio sostenuto.

 

Descriptif

Editions Fleuve Noir Anticipation 1798 année 1991 ISBN 2265044474, état général assez bon, couverture souple, tranche et dos légèrement marqués et passés, pages moyennement jaunies, tranches des pages un peu salies, livre d’occasion broché format poche de 11,2x17,8 cm, 192 pages



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