France Loisirs

CALVETTI Paola – La ronde des désirs impossibles

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Description
Avis

Titre original « Olivia Ovvero La lista dei sogni possibili » Paola Calvetti, 2012.

Traduit de l’italien par Sophie ROYERE

Extrait 1

   Il est 10h23 et depuis soixante-dix-sept minutes environ, je suis sans emploi.

   Oh, n’allez pas vous imaginer la petite blonde new-yorkaise filmée par les télés du monde entier au moment où elle quitte l’immeuble de Lehman Brothers avec son carton d’affaires entre les bras. Quand ça lui est arrivé, on était au mois de septembre, le soleil brillait sur Manhattan, et avec ses cheveux lisses, son visage maquillé, ses tongs aux pieds et presque rien sur elle, cette fille était le summum du chic. Elle est devenue une icône, le symbole d’une époque, alors que moi, j’ai les lèvres gercées, les pieds congelés et les cheveux qui frisent comme des feuilles de scarole.

   Pourtant, moi aussi j’ai été licenciée, et j’aurais mieux fait de porter des bottes en caoutchouc. Dans mon trousseau d’accumulatrice qui ne jette rien -, on ne sait jamais, ça pourrais redevenir tendance -, j’en ai en cuir, en daim, à talons et sans talons, même si elles sont toutes marrons ou noires. Dès que l’automne approche, c’est-à-dire au moins une fois par an, je me promets d’acheter des bottes en caoutchouc. Si je l’avais fait, je serais quand même là à traînailler dans un bar-tabac, mais je n’aurais pas les chaussettes collées aux pieds dans des bottes en daim franchement inadaptées à une journée aussi spéciale.

   L’auteur de ma nouvelle vie est la Directrice des Ressources Humaines, alias la DRH. Pour nous – enfin, pour les autres, puisque je n’en fais plus partie – et qui travaillons au TBD –Think Bold Department) de chez Breston&Partners, elle est tout simplement la Witch, la Sorcière. A 9h02, je venais juste d’allumer mon ordinateur lorsqu’elle m’a convoquée dans son bureau sans se faire annoncer par sa secrétaire toujours très protocolaire. Je n’ai pas été perturbée en entendant sa voix directement dans le combiné car, tout en lui répondant, j’étais distraite par deux grosses colombes (ou peut-être des pigeons ?) perchées sur le rebord de la fenêtre à quelques centimètres de mon nez. Je suis montée au deuxième étage et j’ai frappé à la porte du bureau super luxueux meublé d’un divan, d’un tapis, d’un ficus benjamina aux feuilles luisantes, d’une table ronde pour les réunions, d’étagères débordantes de classeurs, et d’un bureau. Grand et minimal. Pas de papiers, de notes, de brochures, de revues, de trousses, de mouchoirs en papier ou autres objets spécifiques : sur la table en acier et cristal de la Witch trône un ordinateur dernière génération qui renferme des dizaines d’existences. Seul le chauffe-pieds électrique, un avantage en nature dont le maître de mon destin profite jusqu’au beau milieu du printemps, apporte une touche de fragilité humaine à ce laboratoire aseptisé.

 

Extrait 2

   Lorsqu’un adulte demandait en me pinçant la joue : « Qu’est-ce qu’elle veut faire quand elle sera grande, cette petite ? », je ne savais jamais bien quoi répondre. Alors, j’inventais : danseuse étoile, infirmière, coiffeuse, maîtresse d’école, archéologue ou soudeuse au grand cœur, comme dans Flashdance. Mes parents auraient peut-être préféré que je réponde ingénieur sur les plates-formes pétrolières, chimiste, ou que je devienne médecin comme eux, mais fermement convaincus que les enfants doivent se sentir libres d’exprimer leurs aspirations, ils n’interféraient pas. Nés en 1951 à deux jours d’intervalle, ils travaillent tous les deux à l’hôpital et sont on ne peut plus différents. Maman est gynécologue, elle fait des visites dans un service de consultation trois après-midi par semaine et a fondé un centre pour filles mères où elle est bénévole. C’est une femme forte, fièrement opposée à tout ce qui rappelle le mot « ordre ». Elle cuisine des plats simples et insipides, m’a toujours interdit d’avoir un chien à mes anniversaires et ce ne m’a jamais aidée à faire mes devoirs. Pour le reste, c’est une maman parfaite. Intellectuelle rigoureuse, depuis que le malheur l’a frappée, elle a une folle prédilection pour les séries télé avec des femmes qui réussissent, des hommes superficiels et capricieux, des mariages compliqués, des mères dévouées, des pères indignes et, bien sûr, des enfants empêtrés dans des problèmes de cœur. Elle dit que regarder des gens qui vont moins bien qu’elle la détend.

   Papa est cardiologue. Il collectionne les photos et les tableaux à thème unique : le cœur.

   Quand ils étaient étudiants, mes parents étaient persuadés de faire la révolution. Je ne sais pas dans quelle mesure ils y sont parvenus, mais un rapide calcul rend vraisemblable la légende qui circule autour de ma venue au monde : le jour de leur diplôme, ils ont fait la fête et, ivres d’alcool et peut-être d’autre chose, ils m’ont conçue. A cette époque, papa était très beau, il avait une queue de cheval et était déterminé à vivre sous le signe de l’intensité. Lorsqu’elle est en veine de confidence et laisse sa rancœur de côté, maman raconte, sans préciser dans quel domaine. Pour résumer, je définirais ma famille comme un chaleureux lieu de rendez-vous d’individus distraits, un nid d’amour tortueux et, rarement, un nid de serpents qui ignorent posséder un potentiel venimeux.

 

Descriptif

Editions France Loisirs année 2015 ISBN 9782298097559, bon état général, couverture souple, tranche et dos légèrement marqués et passés, intérieur frais, livre d’occasion broché grand format de 12,7x20,2 cm, 272 pages   



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