Fayard

CHAPSAL Madeleine – Le foulard bleu

Réf: rf-fmcfb
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Extrait 1

   Le soir où Daniel débarque de Paris pour les ramener, Rose, a moment où la voiture s’immobilise, n’accourt pas aussitôt sur le seuil. Quand elle apparaît, c’est avec un torchon autour du cou, l’un de ces carrés de coton à fleurettes que l’on fabrique en Provence, sur lequel elle s’essuie les mains. Confronté à son inhabituelle manque d’élan, Daniel peut se dire qu’elle devait être à ses fourneaux, à surveiller la dorade qui commence à embaumer le laurier.

   Après les embrassades, les questions d’usage sur le bon déroulement de son voyage, Rose retourne à la cuisine où Daniel la suit et se sert un verre de vin.

   - Tu ne me demandes pas comment cela s’est passé ?

   - Quoi donc ?

   - Eh bien, la soirée pour le départ de Michonnet.

   - C’est vrai, j’avais oublié… C’était bien ?

   - Pas mal… Le champagne était bon – je m’en étais occupé – Mme Joly avait une de ces « mini »… C’est donc à la mode ?

   - Les « mini » pour les quinquas ?

   Ce n’est pas que Rose n’écoute pas, c’est qu’elle n’a pas d’images. Ce qu’exprime Daniel reste à l’état de phrases, de vocables, alors que, d’habitude, elle reconstitue en esprit ce qu’il lui raconte.

   Daniel réagit par la plaisanterie à son indifférence.

   - Je vois que tes vacances t’ont fait du bien, tu es totalement détendue, tout te glisse dessus… Je te rappelle quand même qu’on part demain vers cinq heures de l’après-midi. On arrivera ainsi au milieu de la nuit… Tâchez d’être prêts, vous autres ! Tout doit être regroupé devant la voiture…

   Les enfants opinent. Charger la voiture est le domaine réservé de leur père. S’ils fournissent le matériel, ils ont intérêt à ne pas s’en mêler, encore moins à y faire obstacle par des oublis ou des ajouts de dernière minute…

   Le lendemain, après un ultime bain que seul Daniel semble apprécier – les autres sont saturés – et un goûter qui doit leur tenir lieu de dîner, l’embarquement se révèle relativement rapide. Il est plus facile de rassembler ce qu’on a apporté, en ratissant dans les coins une maison louée, que de faire, au moment de départ, le choix de ce qui sera nécessaire pour tout un été.

   Ils franchirent le portail quand Sophie s’écrie : « Au revoir, maison, à l’année prochaine ! » Rose, assise devant, tend la main dans son dos pour saisir celle de sa fille : la petite est si sensible ; tout, avec elle, prend une âme et chaque séparation lui fait mal. Sera-telle suffisamment armée pour la vie, laquelle n’est que ça, finalement : abandons, ruptures, deuils… ?

 

Extrait 2

   « Jamais. Jamais. Jamais… »

   Rose vient de lui dire qu’elle ne l’oubliera jamais, et elle répète le mot avec la force qu’elle mettrait à dire « toujours ». Dans une rage concentrée, sourde.

   Ils sont debout dans l’atelier et Georges la tient dans ses bras, mais sans la serrer. C’est Rose qui, plus elle répète le mot « jamais », plus elle se blottit fort contre lui. Puis elle pleure.

   - Je ne veux pas te quitter. Je ne veux pas…

   - Qui te le demande ?

   - Tout : le devoir, la morale, moi-même…

   - Pas moi !

   Elle lève le visage vers lui, interloquée.

   Il ne va quand même pas lui proposer d’être sa maîtresse clandestine ? De s’aimer comme ça, à la sauvette, de temps à autre, jusqu’au tarissement de leur soif ? Pas lui, pas Georges !

   - Je veux vivre avec toi. J’ai bien réfléchi durant ces deux jours, c’est pour cela que je ne t’ai pas appelée… Je suis retourné au parc pour finir mon travail. Puis j’ai arpenté Limoges dans tous les sens. A te dire toute la vérité, j’ai essayé de voir comment c’était, vivre sans toi. Une telle douleur…

   Il sourit comme s’il lui annonçait une bonne nouvelle.

   - Je sais, souffle-t-elle, et l’idée de cette souffrance la fait pareillement sourire.

   Pour elle aussi, elle était intolérable. Inacceptable.

   - Alors j’ai renoncé. Il y a des choses, des êtres contre lesquels on ne peut rien. Je ne peux rien contre toi.

   Elle continue de sourire, heureuse de constituer une telle « menace » pour cet homme. Elle avait craint de se retrouver seule dans sa folie, comme il arrive si souvent aux femmes lorsqu’elles tombent trop amoureuses. Là, ils sont deux. Ils vont pouvoir se soutenir, s’épauler. Après tout, il est l’homme, le chef.

   - Que va-t-on faire ? demande-t-elle d’un ton soumis.

   Prête à tout entendre. Et, déjà, à ce qu’il dise : « Commençons par faire l’amour, on verra ensuite… »

   Après tout, ils pourraient ne pas se plaire au lit ! Qui sait si ce ne serait pas la solution, la fin de son angoisse ?

   Mais son corps est si fort en feu et en eau qu’elle ne peut y croire !

   Lui non plus, sans doute, et c’est probablement pour cela qu’en entrant dans l’atelier, il ne s’est pas jeté sur elle pour la pousser sur le petit divan-lit bien propret, bien attirant, calé dans l’angle de la pièce.      

 

Descriptif

Editions Fayard année 1996 ISBN 2213596026, état général assez bon, couverture souple, tranche et dos un peu marqués et salis, intérieur assez frais, tranche légèrement incurvée, livre d’occasion broché grand format de 15,8x23,8 cm, 352 pages   



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