Le livre de poche

FRANK Anne - Journal

Réf: ba-ldp287
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Description
Avis

Titre original « Het Achterhuis »

Traduit du hollandais par T. CAREN et Suzanne LOMBARD

Préface de Daniel ROPS

Extraits

1/   Extrait de la préface

   Je viens de tourner la dernière page de ce livre et je ne puis retenir mon émotion. Que serait-elle devenue, la merveilleuse enfant qui, sans le savoir, a écrit cette manière de chef-d’œuvre ? Elle aurait vingt et un ans ces jours-ci… On ne pense pas sans déchirement à tout ce que cette sensibilité et cette intelligence si bien harmonisées eussent pu donner si l’affreuse machine aux masques nombreux qui est en train de broyer notre civilisation entière ne les avait, il y a cinq ans, dévorées, anéanties. On n’évoque pas sans chagrin ce fin visage livré aux ombres…

   C’était une petite Juive de treize ans, fille de commerçant allemands qui, au moment des premières persécutions nazies, avaient cru en Hollande trouver un salut définitif. Mais le monstre a maints tours dans son cas : qui peut être sûr de lui échapper ? L’invasion des Pays-Bas derechef les mit à sa merci. Quand, en juillet 1942, les Frank durent choisir entre deux décisions : se soumettre à l’appel de la Gestapo ou se cacher coûte que coûte, des deux termes de l’alternative ils préférèrent le second, oubliant, les pauvres gens, quelle est la puissance du Léviathan et sa patience anthropophage. Dans un pavillon d’arrière-cour, tel qu’en comportent tant de maisons d’Amsterdam, ils s’installèrent comme des rats dans un trou. Mille précautions étaient à prendre : ne pas se montrer, ne point faire de bruit. On imagine quels problèmes de tous les ordres se posaient à ces prisonniers volontaires : les moindres n’étaient sans doute pas ceux dont l’intolérable cohabitation de huit êtres, sans une seconde de solitude, renouvelait quotidiennement les termes.

   C’est là, dans le cadre paradoxal, qu’Anne découvrit à la fois sa propre existence et celle des autres. A l’heure où un enfant commence à s’affronter au monde extérieur et retire des multiples contacts un enrichissement infini, cette fillette n’eut devant elle que le spectacle de l’abri humide, de la cour du jardin et des sept colocataires-parents, amis, relations, dont elle devait partager le sort. L’étonnant est que sa sensibilité ne se soit pas, en peu de temps, faussée, qu’elle ait su garder sa liberté, sa fantaisie et cette joie jusque dans les pires dangers, sous-entendue qui sonne, tout au long de son journal, le son même de la vertu d’enfance.

   

2/   Chère Kitty,

   Je suis confortablement installée dans le bureau de devant, et je peux regarder dehors par la fente de l’épais rideau. Bien que dans la pénombre, j’ai encore assez de lumière pour t’écrire.

   C’est bizarre de voir passer les gens. Il me semble qu’ils sont tous très pressés et qu’à tout instant ils vont butter sur leurs propres pieds.

   Quand aux cyclistes au train où ils vont, je n’arrive même pas à distinguer leurs physionomies.

   Les gens de ce quartier ne sont vraiment pas séduisants, surtout les enfants, qui sont si sales : on ne les toucherait pas avec des pincettes. De vrais enfants de taudis, morveux, parlant un petit nègre à peine compréhensible.

   Hier après-midi, lorsque Margot et moi avons pris notre bain ici, j’ai dit : « Si nous pouvions repêcher ces enfants qui passent ici, l’un après l’autre, leur donner un bain, les laver, les brosser, raccommoder leurs vêtements et les lâcher ensuite… » Margot m’interrompit : « Tu les verrais demain tout aussi sales, avec les mêmes haillons qu’avant. »

   Mais je me laisse aller. Il y a d’autres choses à voir. Il y a des autos, des bateaux et la pluie. J’entends le tramway et son mugissement, ça m’amuse.

   Nos pensées varient aussi peu que nous-mêmes. Elles forment un carrousel perpétuel, allant des Juifs à la nourriture et de la nourriture à la politique. Entre parenthèses, en parlant des Juifs, j’en ai vu passer deux hier, par la fente du rideau ; j’en était toute triste, j’avais la sensation de trahir ces gens et d’espionner leur malheur.

 

Descriptif

Editions Le livre de poche 287 année 1977 ISBN 2253001279, état général assez bon, couverture souple, tanche et dos légèrement marqués et passés, pages moyennement jaunies, livre d’occasion broché format poche de 11,2x16,7 cm, 320 pages



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