Presses de la cité

GRIMES Martha – Le meurtre du lac

Réf: pt-pcmgml
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Description
Avis

Titre original « Hotel Paradise » Martha Grimes, 1996.

Traduit de l’anglais par Alexis CHAMPON

Extraits

1/   Les policiers devaient être des andouilles parce qu’ils n’ont pas cherché à rassembler les morceaux du puzzle. Oh, ils ont bien posé les questions les plus évidentes, pourquoi Mary-Evelyn était sortie en barque, par exemple, mais c’était à la portée de n’importe qui. Dommage que notre shérif, Sam DeGheyn n’ait pas été là à l’époque, il aurait résolu le mystère de la mort de Mary-Evelyn Devereau.

   Les vendredis, j’accompagne parfois Mrs Davidow à La porte faire les courses pour le week-end. Elle va en ville deux fois par semaine, le lundi et le vendredi, et selon un accord tacite j’ai le droit de venir avec elle le vendredi. C’est ce qu’il y a de drôle chez Mrs Davidow : alors qu’elle est la plupart du temps comme un tronc d’arbre sur ma route et qu’elle me gâche la vie, il y a aussi des moments agréables où on s’entend très bien toutes les deux – bien mieux qu’elle et Ree-Jane, et je crois que ça lui fait de la peine. Donc, nous allons en ville, nous rions parfois de quelqu’un de La Porte, ou des frasques d’un client, puis elle vaque à ses occupations, avec sa liste d’achats, et je vaque aux miennes.

   Ce que je préfère, c’est être avec le shérif DeGheyn. Je vais le voir dans son bureau, au palais de justice, et nous parlons de choses et d’autres. Ou bien nous allons au Rainbow Café. Mais le plus souvent, nous nous promenons en ville. C’est surtout moi qui parle et le shérif écoute. Pendant longtemps, Mary-Evelyn Devereau a été le principal sujet de conversation.

   Je lui ai posé les questions sur la robe, la distance entre le corps et la barque et quelques autres encore. Ce n’est pas ma mère qui m’avait fourni tous les détails de la découverte du corps et de l’enquête (si on peut parler d’enquête) ; j’avais fouillé dans les archives du Conservative. Mr Grumbel, le rédacteur en chef, trouvait étrange qu’une fille de mon âge s’intéresse à une mort remontant à près d’un demi-siècle, il me fatiguait avec ses plaisanteries sur mon avenir de journaliste d’investigation. Je lui répondais que je ne voulais pas devenir journaliste, que c’était le rêve de Regina Jane Davidow, mais qu’elle envisageait d’être correspondante étrangère pour le New York Times ou un autre grand journal. Je disais ça pour voir la réaction de Mr Grumbel, parce que Ree-Jane avait écrit un minuscule article qu’il avait accepté de publier. En réalité, Lola Davidow le lui avait imposé après l’avoir fait boire (elle avait bu avec lui, bien sûr).

 

2/   J’aurais mieux fait de ne pas parler de ma conversation avec les Wood, mais ma découverte m’avait tellement emballée que j’ai tout raconté en rentrant à l’hôtel. C’était un dimanche soir, pendant le dîner.

   Nous étions à la table familiale, dans le fond de la salle à manger. Mrs Davidow, Ree-Jane, Will et moi. Ma mère était là aussi, quand elle n’était pas obligée de faire des allers-retours express dans la cuisine, laissant son repas refroidir. Elle était tellement bousculée pendant les heures de service qu’elle mangeait souvent debout dans la cuisine.

   Lola Davidow n’était pas obligée de manger debout, elle. Au dîner, elle était souvent tellement « huilée et lubrifiée », comme disait Will, qu’elle avait de toute façon du mal à tenir sur ses jambes. Ce soir-là, elle mangeait un steak, du filet mignon, son menu de régime. Elle marche au steak et au pamplemousse, ce qui semble correct comme régime, tant qu’on ne les fait pas glisser avec des cocktails au Martini. Nous autres, nous mangions du poulet frit, Ree-Jane aussi, sauf qu’elle a toujours droit au blanc. C’est réglé comme du papier à musique, et un jour une serveuse s’est fait passer un savon par Mrs Davidow parce qu’elle avait commis l’erreur irréparable de me servir le blanc à moi et la cuisse à Ree-Jane. On avait échangé les assiettes, mais j’avais quand même eu le temps de planter ma fourchette dans le blanc et d’en engloutir un gros morceau.

   Ça me rend dingue de rage. Je serais d’accord pour qu’on ait chacune notre tour, mais que Ree-Jane ait toujours la meilleure part du poulet c’est intolérable. Je serais aussi d’accord si le poulet n’était pas, en quelque sorte, à ma mère, parce que c’est elle qui détient la part de la table familiale du Paradis, pas les Davidow. Vous pouvez parier qu’Aurora a toujours droit au blanc, elle. Bien sûr, Ree-Jane jubile chaque fois qu’il y a du poulet frit au menu.

   J’ai beau lui faire remarquer ce favoritisme, ma mère ne veut rien savoir. Elle dit que les clients préfèrent le blanc et qu’elle doit en garder en réserve au cas où ils en commanderaient. D’accord, je rétorque, mais dans ce cas-là, ça devrait aussi valoir pour Ree-Jane. « Pourquoi en faire tout un plat ? » C’est le sempiternelle réponse de ma mère quand, furibonde, elle se prépare à fermer pour la nuit dans un grand tintamarre de casseroles. Elle ne supporte pas cette discorde. Tout e qu’elle veut, c’est la paix et la tranquillité. Eh bien moi, tout ce que je veux, c’est du blanc de poulet de temps en temps.

 

Descriptif

Editions Presses de la Cité année 1998 ISBN 2258002192, bon état général, couverture souple, tranche et dos un peu marqués et passés, intérieur assez frais, tranches des pages un peu salies, livre d’occasion broché grand format de 14,2x22,7 cm, 396 pages



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