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IRVING John – Un enfant de la balle

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Description
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Titre original « A son of the circus »

Traduit de l’américain par Josée Kamoun

Extrait 1

   Tout à coup, un petit incident anodin en apparence tira le docteur de la profonde rêverie où l’avait plongé la gorge de Lady Duckworth. Il lui faudrait solliciter son subconscient pour se le rappeler, car seule une perturbation mineure venue de la salle à manger avait attiré son attention. Un corbeau qui tenait quelque chose de brillant dans son bec était entré d’un coup d’aile par la véranda ouverte, et s’était insolemment perché sur la large pale d’un des ventilateurs de plafond. Le poids de l’oiseau faisait pencher l’appareil dangereusement, mais il continuait d’y tourner comme sur un manège, projetant consciencieusement sa fiente en cercle au-dessous de lui – à savoir sur le sol, une portion de nappe et une assiette à salade, dont il rata la fourchette de justesse. Un serveur donna un coup de torchon et le corbeau s’envola comme il était venu : poussant un coassement rauque il traversa la véranda et prit son essor au-dessus du parcours de golf étincelant dans les feux de midi. L’objet inconnu qu’il tenait dans son bec en arrivant avait disparu, dans son gosier peut-être. Aussitôt, quoique ce ne fut pas encore l’heure du déjeuner, les serveurs et les valets se précipitèrent pour changer la nappe et le set de table souillés : puis on appela un balayeur pour passer la serpillière.

   A cause de ses interventions matinales, le Dr Daruwalla déjeunait plus tôt que la plupart des autres habitués. Il avait invité l’inspecteur Dhar pour midi et demi. Il s’en alla dont flâner dans le jardin des Dames où il repéra dans la charmille touffue une brèche découvrant un carré de ciel au-dessus du parcours de golf ; c’est là qu’il s’assit dans un fauteuil de rotin vieux rose. Mis en relief par la position, son petit bedon sembla solliciter son attention ; et malgré toute son envie d’une Lager Kingfisher, le docteur commanda une bière de régime.

   A sa grande surprise un vautour – le même que tout à l’heure, peut-être – planait au-dessus du parcours de golf ; à présent, l’oiseau semblait plus bas dans le ciel ; comme si au lieu d’être en route vers les Tours du Silence, il amorçait sa descente sur le golf. Farouchement attaché à l’accomplissement de leurs rites funéraires, comme l’étaient les parsis, songea le docteur avec amusement, ils prendraient sans doute fort mal qu’un vautour soit distrait de sa tâche. Peut-être par un cheval tombé mort sur le champ de courses à Mahalaxmi, ou un chien écrasé à Tardeo, ou bien un corps que la mer aurait rejeté vers le tombeau d’Hadji Ali. Mais, quelle qu’en soit la raison, ce vautour-là manquait à tous ses devoirs envers les Tours du Silence.

 

Extrait 2

   Lorsque le docteur passa le cap des cinquante-cinq ans, les détails les plus enthousiastes de sa conversion au christianisme avaient tout à fait disparu de sa conversation : on aurait dit que, peu à peu, il était en train de se déconvertir. Mais quinze ans auparavant, alors qu’il avait repris sa voiture pour se rendre au cirque, évaluer les dégâts subis par Vinod, sa foi était encore assez fraîche pour qu’il eût fait part des circonstances miraculeuses de sa découverte à Vinod. Si le nain était vraiment mourant, il tirerait quelque réconfort du souvenir de leur conversation religieuse ; car Vinod était un homme profondément religieux. Au cours des années à venir, la foi de Farrokh ne serait plus ce réconfort profond ; viendrait même un temps où il se soustrairait à tout débat théologique avec le nain. Car, avec les années, il lui ferait l’effet d’un sacré fanatique !

   Mais sur le chemin du Grand Nil bleu où il allait découvrir le désastre, il se donnait du courage en se rappelant l’enthousiasme exprimé par le nain devant les points communs entre son hindouisme et le christianisme du docteur.

   - On a une sorte de trinité, nous aussi, s’était-il exclamé.

   - Brahma, Shiva, Vishnou ? C’est ça ? avait demandé le docteur.

   - Toute création est entre mains de trois dieux, avait affirmé Vinod. D’abord Brahma, dieu de la création – il n’y a qu’un seul temple à lui dans toute l’Inde. Et puis Vishnou, dieu de conservation ou d’existence. Et en troisième Shiva, dieu du changement.

   - Du changement ? Je croyais que Shiva était le destructeur – le dieu de la destruction.

   - Mais pourquoi est-ce que tout le monde répète ça ? Toute création est cyclique. Il n’y a pas de finalité. Je préfère penser que Shiva est dieu de changement. Parfois mort est changement, elle aussi.

   - Je vois, avait répondu le docteur, c’est une manière positive de voir les choses.

   - C’est notre trinité à nous, avait poursuivi le nain : création, conservation et changement.

   - mais moi, ce que je ne comprends pas très bien, avait avoué Farrokh avec une certaine témérité, ce sont les formes féminines.

   - Puissance des dieux est représentée par femmes. Durga est forme féminine de Shiva. C’est déesse de mort et destruction.

 

Descriptif

Editions du Seuil année 1995 ISBN 2020206374, assez bon état général, couverture souple, tranche et dos un peu marqués et passés, tranches des pages un peu salies, intérieur assez frais, livre d’occasion broché grand format de 15,5x22,5 cm, 730 pages   



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