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KRIEGEL Annie – Les grands procès dans les systèmes communistes

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Description
Avis

Extraits

1/   Ce n’était au tout début qu’une classique recension d’un témoignage inédit. Une revue historique m’avait demandé de rendre compte pour ses lecteurs, de l’ouvrage d’Arthur London, L’Aveu, écrit dans cette année 1968 qui – dût en souffrir le grand mythe de : Paris qui n’est Paris qu’arrachant ses pavés… - tire sa signification finale douloureuse autant de l’interminable et récurrente tragédie tchèque que du pétulant révolutionspiel français. Du moins si l’on en croit ce que l’homme de la rue conte à Budapest des cauchemars de Brejnev où le Diable sur la place Wenceslas de Prague mange du pain azyme avec des baguettes…

   Or, pour traiter avec fruit le texte de London, il fallait d’abord l’insérer dans la chaîne des témoignages provoqués par la chaîne des étranges procès qui ont jalonné depuis cinquante ans l’histoire de la Russie et de l’Empire stalinien. Je repris donc, publiés dans les décennies antérieures, les Mémoires de ceux qui avaient passé par la même expérience qu’Arthur London et qui, comme London, avaient eu la chance de survivre : Mémoires que le pouvoir de fascination et d’intimidation communiste était longtemps parvenu à faire récuser en bloc mais qui s’étaient d’un seul coup trouvés globalement authentifiés par le Discours Secret de Khrouchtchev avant de l’être de manière plus intime encore par Soljenitsyne.

   Mais mon propos n’était pas de faire cette fois œuvre d’historien. Robert Conquest s’en était d’ailleurs excellemment en appuyant sur une érudition considérable la chronique exacte de la séquence des grands procès de Moscou. Mes préoccupations recoupaient plutôt un très ancien projet et un thème de réflexion fiché depuis quinze ans au cœur de toutes les démarches rétrospectives, analytiques ou prospectives des socialismes de notre temps.

 

2/   Première question : par quelle procédure furent sélectionnés ceux à qui échut le rôle d’accusés ? Le hasard ? Dans certaines limites, oui, si l’on s’en rapporte à cette conversation entre deux détenus dont le second, avant son emprisonnement à la fin de la Yejovtchina, avait été enquêteur à la Guépéou :

   - Qu’est-ce qu’on va faire de nous ?

   - Un certain nombre va être relâché, pour souligner le tournant ; les autres iront en camp de concentration.

   - D’après quel principe les répartira-t-on ?

   - D’après le principe du hasard. Les gens cherchent toujours des choses compliquées…

   Mais le hasard ne joue qu’à l’intérieur des catégories qui sont à un moment considérées comme devant fournir le type de coupables dont la pédagogie politique du régime a dans l’immédiat besoin. Par exemple, entre la fin de ‘année 1927 et le printemps 1931, se succèdent trois grands procès : des ingénieurs et techniciens du bassin du Donetz comparaissent au procès de Chakty (1927-1928) ; le professeur Ramzine, spécialiste de la thermodynamique et sept autres grands ingénieurs, au procès du Promparti (parti industriel) en novembre-décembre 1930 ; le professeur Groman et d’autres professeur et hauts fonctionnaires du Gosplan en mars 1931. Quelles étaient les visées du régime en s’attaquant à des ‘spécialistes bourgeois » ? La question donna matière à réponses divergentes. Était-ce une manifestation de « l’aventurisme stalinien d’ultragauche » comme le pensait Rakovski ? Était-ce au contraire une preuve de compromission droitière comme le croyait Trotski ? Était-ce l’expression de la concurrence entre deux groupes bureaucratiques ?  

 

Descriptif

Editions Gallimard Idées 256 année 1972, état général moyen, couverture souple, tranche et dos moyennement marqués et passés, pages jaunies, tranches des pages un peu salies, livre d’occasion broché format poche de 11x18 cm, 192 pages



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