Fleuve Noir

LAFOREST Serge – Objectif secret

Réf: esp-fne46
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Description
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Extrait

1/   Au coude du fleuve, le paysage se modifia : sur la rive droite, le long de la vaste avenue liquide aux reflets plombés, apparurent trois douzaines de cases coiffées de tôle ondulée, un entrepôt délabré, un clocher bas, tout blanc et de guingois. Et partout, jusqu’au bout du monde, semblait-il, la forêt verte, énorme, haute, massive, moutonnait comme une suite de collines serrées les unes contre les autres par quelque phénomène sismique. Son reflet, dans l’eau épaisse aux remous mystérieux, était aussi étrange et inquiétant que son réel visage.

   Le village, écrasé dans la clairière, était silencieux comme une tombe oubliée.

   « Remate de Males… haut lieu du Mal », songeait Gaunce. « Le chaudron du diable, plutôt ! »

   Sous ses pieds, il sentait le battement convulsif de la machinerie usée du vapeur. C’était comme un vieux cœur qui s’obstinait à vivre sans ménager ses dernières forces mangées par le courant impitoyable. La lourde étrave poussait devant elle une intumescence d’étain liquide. Sous la voûte encrassée de nuages bas, la chaleur de l’invisible soleil cognait aux tempes de Gaunce, s’insinuait sous sa peau suante. Il décolla sas paumes moites de la rambarde de fer à la peinture lépreuse contre laquelle il était appuyé. Mélancolique, il regarda furtivement vers l’arrière, vers la mer abandonnée depuis six jours pleins, vers la fraîcheur impossible à oublier dès qu’on se trouvait plongé dans cette vapeur huileuse à l’odeur pourrie, chargée de miasmes.

   Des troncs noirs et gluants dérivaient le long de la coque, tournoyaient dans les remous avec des balancements écœurants, filaient à contre-sens, grands cadavres à demi noyés, restes de géants culbutés dans le fleuve par l’érosion perpétuelle de des rives molles ou foudroyés par l’orage et poussés vers l’eau libre par les inondations saisonnières. En l’espace d’une nuit, les crues de dix mètres ne sont pas rares et Gaunce le savait.

 

2/   Gaunce réprima un bâillement. Westermann était rasant et pétait littéralement d’orgueil.

   - J’ignore si Georg Holsberg s’en tirera, continuait Westermann sombrement. C’est le meilleur du lot et il fut bon officier de panzer. Je le destinais à Marga mais cette petite sotte ne l’aime pas. Mais ne parlons plus de ça. Je vais vous donner une chambre.

   Il sonna.

   - A propos, Gaunce, tenez-vous à coucher avec Jo Morra dès cette nuit ?

   - Je ne tiens pas à coucher avec elle.

   - Ah ! Dans ce cas, elle aura une chambre pour elle toute seule. Je lui trouverai un emploi au secrétariat… ou ailleurs.

   - Peut-être voudra-t-elle s’en aller ? Elle a un caractère assez indépendant.

   La face grasse de Westermann se plissa et un éclair traversa ses yeux candides.

   - Personne ne peut quitter Chuor Minas ou y entrer sans mon autorisation, déclara-t-il d’une voix autoritaire.

   Il reprit son air affable et dit avec une pointe d’étonnement :

   - Mais enfin, monsieur Gaunce, n’ai-je pas compris qu’elle vous plaisait ?

   - Elle est un peu jeune pour moi.

   Westermann leva un index boudiné, cligna de l’œil.

   - Néanmoins elle passe pour une amante satisfaisante… Tout à fait entre nous, Gaunce, c’est vrai…

   Et l’Allemand pouffa de rire. Gaunce rit également. La plaisanterie était parfaite, en effet.

 

Descriptif

Editions Fleuve Noir Espionnage 46 année 1954, état général moyen, couverture souple, tranche et dos marqués et passés, pages jaunies, tranches des pages salies, livre d’occasion broché format poche de 11,8x18,3 cm, 224 pages



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