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LAINE Pascal – La dentellière

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Description
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Extrait 1

   Depuis un an elles étaient installées, Pomme et sa mère, dans ce deux-pièces où commençait de se développer une vie nouvelle, avec des fleurs dans un vase et un porte-savon dans la salle de bains.

   La mère de Pomme avait beaucoup changé. Elle portait maintenant des blouses de nylon blanc quand elle était à faire le ménage, ou bien à ne rien faire, ou quand elle vendait des œufs.

   Elle vendait aussi des berlingots de lait, du beurre au quart ou à la motte, du fromage. Elle prenait son grand couteau à double manche, elle posait le tranchant sur la meule de gruyère selon la grosseur qu’on lui demandait, et elle se faisait confirmer : » Comme ça, ou plus ? ».

   Par quel hasard la voici maintenant crémière, la « dame » du bar et de la chambre au-dessus ? Dieu seul le saurait s’il était l’auteur de tout cela. Alors qu’on aille pas se poser la question !

   La mère de Pomme se levait très tôt le matin. Elle aidait ses patrons à décharger la camionnette. Elle empilait les cageots vides sur le trottoir à l’intention des éboueurs. Puis elle prenait sa garde derrière l’étalage, le buste émergeant d’entre deux roues d’emmental.

   Elle s’en allait tard, le soir, après une génuflexion sous le rideau de fer que le patron tirait à moitié dans l’instant d’avant la fermeture (quand les clients devenaient des reptiles sous la dernière fente de lumière, qu’ils élargissaient en d’énormes orifices d’où elle voyait filer l’heure d’attraper son bus, la vendeuse. Et ça pour pas plus d’un quart de beurre, généralement, ou un demi-litre de lait.)

   A la ville la mère de Pomme était un peu à la campagne, comme à la campagne elle avait été, si on peut dire, de la ville. Bien propre, toujours, mais finies les coquetteries. Elle portait des chaussures basses, elle n’avait plus mal aux pieds. Et sur ses quarante ans elle retrouvait une manière de jeunesse paysanne, les joues pimpantes quand il faisait chaud. Mais la métamorphose n’était pas la plus importante au physique. Du moins pas la plus étonnante, telle avait été la bonne grâce de la dame à se défaire encore de ses oripeaux de petite vertu, cette fois pour donner à voir l’épiderme, légèrement couperosé l’hiver, d’une crémière.

   La vraie métamorphose c’était celle de la maison, des deux pièces au parquet vitrifié, au mobilier tout neuf, de la cuisine où régnait l’ordre anguleux du formica.

 

Extrait 2

Le passage du lido venait de s’embraser au clinquant de ses vitrines. Le vrai chic, elle le découvrait seulement, étranger, inaccessible. Elle pouvait encore rencontrer le publicitaire le plus athlétique de tout Paris, et savoir le rendre fou de jalousie, il lui manquerait toujours d’avoir passé les étés d’autrefois au bord d’une plage pluvieuse, dans une villa vaste et sonore, aux cloisons tapissées de rires d’enfants et d’une légère poussière. Elle, elle était du côté des « vacanciers », des campeurs, de ceux qui vont et viennent, même les riches qui descendent dans les grands hôtels.

   Ça c’était une question de naissance, soupçonnait Marylène. Les somptueuses vieilles du salon de coiffure devaient être bien loin, elles aussi, de cette manière un peu dédaigneuse d’exister. Pour leur façon d’être il fallait des bijoux, des fourrures, des sacs de chez Hermès, des voyages en avion. Et Marylène se rendait bien compte qu’il y avait tout à côté d’elle, des autres gens et du tapage, une humanité supérieure, habituellement cachée derrière un mur, une vitre, ou qui déambulait quelquefois dans de vieux vêtements confortables et pratiques. Cette humanité-là produisait des jeunes femmes aux charmes sobres, d’une insupportable discrétion et qui avaient le don ou la manière, quand elles se trouvaient par hasard ou par mégarde au milieu des autres, d’exister en vérité ailleurs.

   Pomme ne se perdait pas en de telles considérations. Il lui suffisait d’un peu de soleil sur la plage pour faire doucement réchauffer le déjeuner qu’elle venait de prendre. (Quand ça tapait trop fort, elle se mettait au frais, au garde-manger.) Comme elle se savait pas nager, elle ne regretta point que la mer fût souvent trop fraîche pour qu’on pût s’y baigner. Le soir elle suivait Marylène à la Calypsothèque. Elle marquait du bout des ongles sur la table le rythme des échauffourées dans le noir. Ça l’amusait aussi quand les projecteurs se mettaient à clignoter à toute vitesse : rouge, bleu, rouge, bleu, rouge. Les gens avaient l’air de se tordre dans les flammes. Ensuite ils retournaient à leurs places tout à fait indemnes. Elle attendait que ça recommence.

 

Descriptif

Editions Folio 726 année 1995 ISBN 2070367266, état général moyen, couverture souple, tranche et dos moyennement passés et marqués, pages jaunies, livre d’occasion broché format poche de 11x17,8 cm, 192 pages   



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