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MCCORMACK Éric – L’épouse hollandaise

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Description
Avis

Titre original « The Dutch Wife » Éric McCormack, 2002.

Traduit de l’anglais par Sabine Porte

Extrait 1

   Vous l’aurez compris, si je passais chaque jour des heures à l’hôpital, c’est entre autres que j’étais ravi de pouvoir ainsi me dérober à mon travail. Contrairement à ce que certains s’imaginent, ce n’est pas si facile d’écrire un roman. Vous vous forcer à vous lever tous les matins, vous avalez des toasts et un café, et vous vous mettez à votre bureau, paré à vous lancer. Mais ce ne sont là que les préliminaires. Il vous faut alors reconstituer ce monde imaginaire et – ce qui est plus difficile que tout matin – réveiller vos personnages, qui sont parfois encore plus endormis que vous et aussi butés que des chats. Certains jours, ils refusent de vous rappeler ce qu’ils faisaient la veille ou vont même jusqu’à changer de nom pour vous dérouter. Et j’en passe. Oui, c’est une entreprise qui peut être exaspérante.

   Pour comble de malheur, le roman auquel je m’étais attaqué était un véritable casse-tête. Il s’intitulait Le Cow-Boy en kilt et parlait d’un groupe de fermiers écossais qui avaient émigré au Far West au début du dix-neuvième siècle pour s’établir sur des ranchs. Ils faisaient tout ce que faisaient les cow-boys, conduisaient les troupeaux, se battaient contre les Apaches et des Comanches sauvages, participaient à des rodéos, des fusillades, et ainsi de suite. J’avais construit une intrigue typique de western tournant autour de luttes dynastiques : le patriarche mourait et ses deux fils qui s’étaient toujours haïs se disputaient la terre. Rien ne manquait, pas même l’incontournable idylle : l’héroïne admirait le frère ainé, mais son cœur allait vers le plus jeune.

   Le tout finissait dans la tragédie et le carnage.

   Mais pour moi, l’histoire avait ceci d’intéressant que je tâchais de conserver aux personnages leur bagage écossais ; ainsi ils étaient en kilt et sporrans (les petites escarcelles qui se portent devant – j’y mettais leur six-coups). Mais surtout, pour préserver un certain réalisme, je les faisais parler dans le patois des basses-terres d’Ecosse : ils appelaient leurs bêtes des « bestiaux », l’aîné traitait toujours son petit frère de « ti’chiard », le chef d’équipe du ranch lançait à un Apache qu’il avait capturé « J’m’en vas t’arracher la teignasse ! » L’héroïne suppliait son amant : »Ho, l’gas ! T’en va don’ point m’briser le cœur ? » Et ainsi de suite.

 

Extrait 2

   Le soir où la mère de Thomas lui ordonna de retrouver Rowland Vanderlinden et le lui ramener, Thomas demanda conseil au docteur Webber une fois qu’elle fut allée emménagé dans la maison pour veiller sur elle pendant qu’elle était malade.

   Installés dans les larges fauteuils au cuir patiné de la bibliothèque, Thomas et le docteur sirotaient un vieux cognac en fumant un gros cigare au coin du feu – la soirée était fraîche pour le début septembre. Les lourds rideaux de brocart masquaient la nuit.

   Cette pièce abritait la plupart des livres que Thomas avait lus dans sa jeunesse. Si tant est que l’on puisse parler de géologie de l’esprit, c’était dans ces lieux que le sien avait été formé. De son côté, Rachel n’avait jamais été une grande lectrice, aussi la bibliothèque ne s’était guère enrichie depuis son départ. Il aimait dire que les yeux bandés, il parviendrait encore à s’y retrouver dans ces rayonnages – qu’il pourrait en reconnaître un grand nombre au simple toucher. Certains étaient de vieux amis, avec lesquels il se sentait bien. D’autres, des trophées durement gagnés. D’autres encore, représentaient des défaites ou des combats inachevés.

   Le docteur Webber l’observait à travers les volutes de cigare humide qui s’échappaient de ses narines sombres. Thomas était habitué à ces yeux verts qui avaient quelque chose de plat, comme s’il leur manquait la troisième dimension.

   Thomas lui trouvait des airs de vieillard, alors qu’il n’avait que quelques années de plus que Rachel. C’était la quintessence de la maigreur – des jambes maigres qui paraissaient plus maigres encore dans son pantalon à rayures, des mains maigres sillonnées de veines, un visage maigre et osseux, un nez long et maigre.

   A part ses lèvres, qui filtraient la fumée de cigare. C’étaient des lèvres charnues, rouges et humides – les lèvres d’un homme que Thomas avait un jour entendu dire à sa mère : « La seule raison pour laquelle j’aimerais avoir gardé mon innocence, serait le plaisir de la perdre à nouveau. » Elle avait ri.

   Le docteur était lui aussi descendant de ces fermiers puritains qui avaient fui les persécutions religieuses du Sud, bien des générations plus tôt, pour prendre la route du Nord dans des chariots. Vêtus de noir, ils étaient arrivés dans ce vaste pays boisé et avaient instinctivement entrepris d’éradiquer l’ennemi mortel des fermiers – la forêt. Ils étaient parvenus à leurs fins et avaient prospéré, devenant les premiers citoyens des vieilles villes qu’ils avaient fondées.

 

Descriptif

Editions Points P1658 année 2007 ISBN 9782757801413, bon état général, couverture souple, tranche et dos légèrement marqués et passés, tranches des pages un peu salies, intérieur frais, livre d’occasion broché format poche de 10,8x17,8 cm, 356 pages   



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