Calmann-Lévy
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MCGRATH Patrick – Martha Peake

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Description
Avis

Titre original « Martha Peake » Patrick McGrath, 2000

Traduit de l’anglais par Martine SKOPAN

Extrait 1

   Je n’allai pas plus loin ce soir-là. Il était tard. Dans le manoir Drogo, tout dormait. J’étais recru de fatigue. Plus d’une fois, j’avais fermé les yeux, en dodelinant de la tête. Il avait fallu que mon oncle me réveille. J’aurais dû monter me coucher depuis longtemps ; mais, à la vérité, j’avais tellement envie de connaître la suite de l’histoire que j’étais resté. La partie du récit que j’ai rapportée jusqu’ici, c’est ce soir-là que mon oncle me la raconta, mais d’une façon beaucoup plus parcellaire, fragmentée et décousue que le compte-rendu précis que je viens d’en faire. Plusieurs de ces péripéties vinrent hanter mes songes.

   Le lendemain matin, je me réveillai transi : la tempête s’était apaisée, le ciel dégagé. Un froid intense régnait dans la chambre où l’on n’avait probablement pas fait de feu depuis des dizaines d’années. Le peu de chaleur que j’avais trouvée sous les couvertures humides s’était vite échappée. J’enfilai à la hâte mon pardessus et sortis de la chambre. Je longeai le palier et descendis l’escalier quatre à quatre, espérant que l’exercice rétablirait ma circulation sanguine. Elles furent bien étranges, ces heures que je passai à errer dans les corridors déserts du manoir Drogo. Partout je croyais voir des fantômes, les esprits d’humains attirés dans cette maison par quelque envoûtement et restés prisonniers. Des fantômes et aussi des secrets : que de galeries fermées à clé, de pièces verrouillées, de portes ouvrant sur un mur ! Je ne rencontrai ni Percy ni âme qui vive, et pourtant je crus entendre des mouvements, des conversations chuchotées, dans des passages tout proches. Je présumai qu’il s’agissait des domestiques de mon oncle, des gens du village qui travaillaient au manoir Drogo. Quoi qu’il en soit, ils m’évitèrent soigneusement. Je m’installai donc dans le bureau de mon oncle et passai la journée absorbé dans une douce rêverie, plongé dans la lecture d’un roman de Walter Scott évoquant une période révolue.

   Mon oncle ne fit son apparition que tard dans l’après-midi, alors que le soir commençait à tomber sur la lande. Aussitôt nous nous installâmes dans son bureau où nous attendait un feu qui crépitait joyeusement dans l’âtre ; Percy nous servit gin et cognac. Encore une fois je pus contempler le portrait de Harry Peake, suspendu au-dessus de la cheminée. Je sentais naître en moi intérêt et compassion pour cet homme ravagé par un démon intérieur, dont je ne connaissais l’existence que depuis vingt-quatre heures à peine. Je suppliai mon oncle de reprendre son récit sans plus tarder.

 

Extrait 2

   Il se faisait tard et pourtant mon oncle et moi continuions à parler, absorbés tous deux, différemment, par le dénouement proche. Quand Harry Peake était venu au manoir, le vent soufflait en rafales sur la lande ; peu après, le mauvais temps s’installa, annonçant l’automne. Le ciel était chargé de gros nuages lourds chassés par le vent en tourbillons rapides avant de s’ouvrir en violentes bourrasques de pluie qui s’abattaient sur la maison exposée sans défense aux éléments et la martelaient sans merci. Pourtant, même si la maison était exposée, elle était loin d’être isolée. La route était devenue un bourbier, de larges étendues de la lande étaient inondées, les toits prenaient l’eau de toute part, et malgré tout un flot ininterrompu de visiteurs se frayait un chemin jusqu’au manoir, apparemment attirés par une seule chose, le génie de Francis Drogo.

   Ils venaient de tout le pays, et même d’outre-mer. Martha n’avait pas supporté longtemps de rester cloitrée et quand elle sortait furtivement pour explorer la maison, elle entendait souvent l’accent guttural et incompréhensible des Ecossais, l’inflexion chantante des habitants de Dublin, et bien d’autres encore, venus là pour recueillir l’enseignement du maître. Il y avait aussi Cyrus Hamble, l’Américain qui affectait un style vestimentaire extrêmement sobre, et dont on disait aux cuisines qu’il refusait toute boisson alcoolisée. Mais la plupart des visiteurs étaient des médecins anglais, engoncés dans des vêtements sombres, portant perruque (mais sans élégance), munis de cannes à pommeau d’argent, leurs petits yeux toujours aux aguets, le plus souvent sobres ; ils se saluaient dans le vestibule avec un formalisme calculé, ne manquant jamais de respecter scrupuleusement la moindre nuance de rang et de hiérarchie, ces bienséances auxquelles les Anglais sont si fort attachés. Ils pénétraient ensuite dans l’amphithéâtre d’anatomie et écoutaient attentivement le grand homme commenter la dissection d’un malheureux qui, une heure ou deux auparavant, se balançait au bout d’une corde fournie par le roi George, avant d’être récupéré par Clyte.

   Il flottait souvent dans le manoir Drogo de curieuses odeurs. Plus tard, une fois en Amérique, quand il lui arrivait d’inhaler quelque drogue inconnue ou quelque remède exotique, Martha se sentait à nouveau submergée par cet étrange sentiment de détresse qu’elle avait connu pendant cette sombre période, avant de perdre son père. Mais dans le manoir Drogo, quand elle rencontrait, au détour d’un couloir jusque-là inexploré, ces violents effluves dont elle ne comprenait pas la nature, son instinct la poussait à en rechercher l’origine. Ce n’était pas facile, car ce genre d’émanations impliquait généralement la présence d’adultes.

 

Descriptif

Editions Calmann-Lévy année 2002 ISBN 2702132308, état général moyen, couverture souple, tranche et dos moyennement marqués, intérieur assez frais, tranches des pages moyennement salies, livre d’occasion broché grand format de 15,3x23,2 cm, 394 pages   



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