MONBRUN Estelle – Meurtre chez Tante Léonie

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Description
Avis

Extrait 1

   Ce fut la sonnerie du téléphone qui la tira sans douceur de cet intermède bienfaisant. Réveillée en sursaut, elle maudit la « secrétaire » dont les précautions ne lui permettaient pas d’avoir libre accès au lieu d’où émanait la source du bruit. En fait, il y avait quelque chose d’insolite dans cette sonnerie à répétition. Elle n’aurait pas dû être aussi stridente. On n’aurait pas dû l’entendre avec autant de netteté. A moins… à moins que la porte du bureau ne soit ouverte.

   Oubliant ses douleurs, Emilienne monta quatre à quatre les marches cirées de l’escalier. Arrivée en haut, elle constata qu’effectivement la porte du bureau était entrebâillée. Stupéfaite, elle se demanda si elle allait oser répondre au téléphone. D’un côté, ça ferait voir à l’autre… Brusquement, elle prit sa décision. Elle ouvrit toute grande la porte entrouverte et allait poser la main sur l’appareil quand son pied heurta une sorte de damier noir et blanc.

   Surprise, elle recula d’un pas sans quitter des yeux ce qu’elle prit d’abord pour un grand chiffon posé négligemment sur le parquet. Soudain, le morceau de tissu prit corps. Elle vit qu’il avait des bras et des jambes immobiles et une perruque noire qui gisait au milieu d’une flaque rouge. Le « chiffon » était un tailleur à carreaux, à l’intérieur duquel Emilienne crut que Gisèle Dambert était morte.

   Sans prendre garde au fait que la sonnerie du téléphone s’était enfin arrêtée, Emilienne, horrifiée de voir ainsi réalisés ses vœux les plus secrets, redescendit les marches plus vite encore qu’elle ne les avait montées et se précipita dehors en criant :

   - La sécretaire est morte ! La sécretaire est morte !

   Dans son affolement, elle ne remarqua pas que la porte d’entrée qui donnait sur la rue n’était pas fermée à clé.

   Quelques minutes plus tard, confortablement assise dans l’arrière-boutique de Mme Blanchet, qui répétait inlassablement : « C’est pas Dieu possible ! C’est pas Dieu possible ! », Emilienne avalait à petites gorgées un deuxième verre de cognac, quand le garde- champêtre, la moustache méticuleusement taillée, l’uniforme irréprochablement repassé, le regard guilleret, fit son apparition. Emilienne connaissait Ferdinand depuis toujours. Enfants, ils avaient souvent joué au gendarme et au voleur. A vingt ans, elle avait eu des vues sur lui. Mais il avait épousé une fille de Bailleau. Maintenant il était veuf et sa sœur tenait son ménage. Elle se redressa légèrement sur sa chaise et remit en place une mèche de cheveux gris échappée de son chignon alors qu’il s’esclaffait :

   - Eh bien, Emilienne, qu’est-ce qu’on me raconte ? Qu’est-ce qui se passe ?

 

Extrait 2

   - Et vos raisons pour assister à ce colloque…

   - Ecoutez, commissaire, je crois avoir fait preuve de beaucoup de patience mais je ne vois pas en quoi je peux vous être davantage utile, interrompit Patrick Rainsford. Je vous avoue que je me sens un peu fatigué et souhaite me retirer pour la nuit.

   - Ah ! les effets du décalage horaire, murmura Jean-Pierre Foucheroux. Nous pourrons certainement reprendre demain. Mais avant de vous libérer, pouvez-vous me dire si vous avez vu qui que ce soit d’autre, après Mme Bertrand-Verdon, hier soir ?

   Le professeur Rainsford hésita une seconde, se passa la main dans les cheveux et répondit :

   - Non, personne. Comme je vous l’ai déjà dit, je suis allé directement à ma chambre. Ce que j’aimerais faire maintenant, avec votre permission…

   « Il va me menacer d’un avocat, et d’un avocat américain qui plus est », pensa Jean-Pierre Foucheroux. Il estima plus sage de prendre un ton conciliant.

   - Mais bien entendu. Je vous remercie de votre coopération. Peu de témoins sont aussi sensibles aux détails et aux nuances que vous, je dois dire… La pratique de l’analyse littéraire, sans doute.

   Il n’avait mis aucune ironie dans cette dernière remarque, aussi fut-il considérablement surpris par la réaction du professeur américain.

   - Mon domaine n’est pas l’analyse littéraire mais la théorie critique, commissaire, jeta-t-il, furieux, en se dirigeant vers la porte. Et comme j’ai justement un article à finir pour la fin du mois, je n’ai guère de temps à perdre, privé que je suis des services de mon secrétariat…

   Il avait la main sur le loquet de la porte lorsque, se ravisant, il se retourna vers Jean-Pierre Foucheroux qui s’était levé et lui dit d’un ton caustique :

   - Oh ! ça me revient maintenant. Hier soir, dans l’escalier, en montant à ma chambre, j’ai aperçu la secrétaire de Mme Bertrand-Verdon.

   - Gisèle Dambert ? demanda pour confirmation le commissaire.

   - Elle n’en avait pas d’autre autant que je sache. Et elle sortait de sa chambre.

   Et sur cette flèche du parthe, le professeur Rainsford s’était éclipsé, laissant le commissaire Foucheroux dérouté par le tour inattendu qu’avait pris leur conversation.

 

Descriptif

Editions Viviane Hamy Collection Chemins nocturnes année 1994 ISBN 2878580516, état général correct, couverture souple, tranche et dos marqués et passés, Tranche oblique, intérieur frais, livre d’occasion broché grand format de 12,7x19,7 cm, 256 pages   



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