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MURAKAMI Haruki – Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil

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Description
Avis

Titre original « Kokkyô no minami, taiyô no nishi » Haruki Murakami, 1992.

Traduit du japonais par Corine Atlan

Extrait 1

   Ma relation avec Izumi dura plus d’un an. Nous nous voyions une fois par semaine. Nous allions au cinéma, révisions ensemble à la bibliothèque, ou flânions dans les rues. Mais nous ne poussâmes jamais nos jeux sexuels jusqu’au bout. Je l’invitais parfois chez moi en l’absence de mes parents, et nous nous allongions sur mon lit, étroitement enlacés. Cela arrivait deux fois par mois environ. Cependant Izumi refusait toujours de se déshabiller. « Si jamais tes parents revenaient à l’improviste, me déclara-t-elle, ce serait tellement gênant qu’ils me trouvent toute nue. » Elle se montrait d’une pudeur excessive, mais je ne crois pas que c’était dans son caractère, elle ne pouvait supporter l’idée d’être surprise dans une situation embarrassante.

   Je la caressais donc toute habillée, glissant maladroitement mes doigts sous ses sous-vêtements.

   - Ne sois pas pressé, déclarait-elle chaque fois devant mon air déçu. Attends que je sois vraiment prête. Je t’en prie…

   Pour être franc, je n’étais pas pressé du tout. J’étais seulement confus, et désespéré. Bien sûr, j’étais amoureux d’Izumi et je lui étais reconnaissant de consentir à être ma petite amie. Si elle n’avait pas été là, mon adolescence, pleine d’ennui, aurait manqué de couleurs. C’était une brave fille, fondamentalement franche et honnête. Tout le monde l’aimait bien. On ne pouvait pas dire que nous avions les mêmes goûts. Je crois bien qu’elle ne comprenait pas grand-chose aux livres que je lisais ou à la musique que j’écoutais. Nous ne pouvions donc guère aborder ce genre de sujets sur un plan d’égalité, et sur ce point ma relation avec elle était très différente de celle que j’avais entretenue avec Shimamoto-san.

   Mais quand elle était assise à côté de moi et que ses doigts touchaient les miens, un sentiment de chaleur m’envahissait naturellement. Avec elle, je pouvais parler de tout ce qui me tenait cœur. J’aimais embrasser ses paupières, sa bouche. J’aimais relever ses cheveux et poser mes lèvres sur ses minuscules oreilles. Ça la faisait pouffer de rire. Aujourd’hui encore, penser à elle m’évoque de paisibles dimanches matin. Des dimanches sereins, ensoleillés, qui commençaient à peine. Des dimanches sans devoirs, où nous étions libres de faire ce que nous voulions. Sa simple présence me plongeait dans une douce humeur dominicale.

 

Extrait 2

   Au cours des dix jours qui suivirent la parution de l’article avec ma photo et mon nom dans le magazine Brutus, je reçus au bar la visite de plusieurs personnes que j’avais connues autrefois. D’anciens camarades de collège ou de lycée. Au début chaque fois que j’entrais dans un magasin de presse et voyais les piles de magazines entassés, je me demandais qui pouvais bien être capable de les lire de bout en bout. Mais, comme je m’en aperçus une fois cet article sur moi paru dans Brutus, la plupart des gens lisaient les magazines avec plus d’attention que je n’aurais cru. Partout, chez le coiffeur, dans le train, à la banque, au café, les gens avaient entre les mains un périodique ouvert, dans lequel ils se plongeaient avec délectation. Ou peut-être prenaient-ils simplement ce qui leur tombait sous la main par crainte du désœuvrement.

   Retrouver mes anciens camarades ne fut pas une expérience très réjouissante. Non pas qu’évoquer le bon vieux temps avec eux fût désagréable. Moi aussi, cela me rendait nostalgique de rencontrer des amis de cette époque. Eux étaient également heureux de me revoir. Mais, au bout du compte, aucun de leurs sujets de conversation ne m’intéressait. Savoir ce qui se passait dans la ville de province de mon enfance, ou ce qu’étaient devenus nos anciens camarades de classe ne m’intéressait pas le moins du monde. Trop de temps et trop d’espace me séparaient désormais de celui que j’avais été. Et puis, leur présence me faisait invariablement penser à Izumi. Chaque fois que j’entendais parler de la ville où nous vivions tous autrefois, l’image d’Izumi habitant seule en recluse dans cet appartement de Toyohashi me venait à l’esprit. « Elle n’est plus mignonne du tout », avait-il dit. « Elle fait peur aux enfants… » Ces deux phrases résonnaient dans ma tête. Et aussi le fait qu’Izumi ne m’avait pas pardonné.

   Après la publication de cet article, je regrettai de m’être prêté avec tant de légèreté à cet entretien sous le prétexte que cela ferait de la publicité à mes clubs. Je ne voulais surtout pas qu’Izumi tombe dessus. Comment se sentirait-elle si elle apprenait que, loin d’avoir eu à supporter la moindre souffrance, je connaissais une telle réussite ?

 

Descriptif

Editions France Loisirs année 2010 ISBN 9782298037067, bon état général, couverture souple, tranche et dos un peu passés et marqués, intérieur assez frais, livre d’occasion broché grand format de 12,8x20,3 cm, 288 pages   



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