France Loisirs

ORMESSON Jean d’ – Tous les hommes en sont fous

Réf: rf-fljotkesf
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Description
Avis

Ce roman est la suite de Le Vent du soir.

Extrait 1

   Une des fonctions les plus mystérieuses et les plus constantes du temps est d’élever le hasard à la dignité de la nécessité. Le monde avance à coups de rencontres et le temps qui passe les transforme en fatalité. Lorsque les jeunes Romero, les fils insupportables de l’ambassadeur d’Argentine en Angleterre, eurent entre quinze et vingt ans, il fallut bien se rendre à l’évidence : il était un peu ridicule, à l’époque de la vitesse et de l’automobile, après Tannenberg et Verdun, après l’exécution à Iekaterinbourg de la famille impériale de Russie, de les faire encore suivre par une gouvernante éperdue. Une des plus jolies qualités d’Aureliano Romero et de sa femme Rosita – née Finkelstein – était la fidélité. Au milieu des bouleversements entraînés par la paix, moins cruels mais plus sournois que les tourments de la guerre, le destin de miss Prism les occupa e beaucoup. Par une rencontre miraculeuse, Brian et Hélène O’Shaughnessy, qui habitaient en Ecosse le fameux château de Glangowness, cherchaient pour leurs quatre filles, nées en rafale au cours ou au lendemain de la guerre, une personne d’expérience et de toute confiance. Miss Evangeline Prism, qui n’avait jamais connu aucun homme, mais qui avait promené les enfants des autres à travers Washington, Buenos Aires, Paris à la fin de l’autre siècle et au début de celui-ci, avant de se retrouver chez elle dans la bonne vieille Angleterre, passa des fils Romero aux filles O’Shaughnessy. Elle ne se doutait pas du rôle et de la responsabilité historique que, pareille au chœur dans les tragédies grecques, elle était sur le point d’assumer. Le côté Wronski et le côté Finkelstein, le côté Romero et le côté O’Shaughnessy étaient en train de se rejoindre en sa rousse personne et sous son œil innocent.

   Avec ses effarouchements subits et ses airs de vieille fille toujours vaguement épouvantée et égarée dans le monde des grands, Evangeline Prism était très loin d’être sotte. Elle comprit assez vite ce qui rapprochait et ce qui séparait les quatre fils Romero des quatre filles O’Shaughnessy. Il n’était pas besoin d’être marxiste – et elle ignorait jusqu’au nom de l’auteur du Capital – pour découvrir le premier et le plus important des points communs aux deux familles : l’une et l’autre avaient de l’argent. Ce n’était pas le même argent, ce n’était pas la même fortune, mais tous appartenaient en bloc au même côté de la barricade. Le mauvais, selon Evangeline. Le bon aux yeux du monde.

 

Extrait 2

   Entrer dans la vie est peut-être aussi difficile et cruel que d’en sortir. Quand ils approchèrent de l’âge d’homme, les deux jumeaux Romero – Luis Miguel et Javier – eurent d’abord le sentiment que, malgré tous leurs avantages de naissance et de fortune, les chemins de l’existence étaient bouchés devant eux. Carlos avait pris les livres et la politique ; augustin, le sport, les machines, la vitesse. Les motifs d’action ne sont pas inépuisables. Que restait-il aux jumeaux ? Le rêve, le goût de la fête, une certaine forme d’élégance et d’indifférence mêlées, les passions de l’amour. Ils s’y jetèrent à corps perdu. Du coup, au regard du sérieux et de la foi de Carlos, de la rage de vaincre d’Augustin, ils apparaissent charmants et un peu légers. Plus fins qu’Augustin, moins tendus que Carlos, on dirait qu’ils prennent le monde comme il est et qu’ils mettent leur talent à en jouir et à être heureux.

   Longtemps, jusqu’à des événements que je raconterai en leur temps, les deux jumeaux m’ont paru presque indiscernables. Peut-être Luis Miguel était-il un peu plus gai et Javier un peu plus renfermé. Mais, physiquement et moralement, ils se ressemblaient si fort que seule une longue habitude empêchait de les prendre l’un pour l’autre. Jérémie Finkelstein avait transmis à Carlos son attente d’un monde nouveau. Il légua aux jumeaux sa propension au rêve. Ils passèrent à dormir une bonne partir de leur jeunesse. Pendant que Luis Miguel courait les filles et les bals, les champs de courses, les terrains de golf, Javier semblait traîner son ennui de fauteuil en divan. Il lisait beaucoup. Mais c’était d’abord pour ne rien faire.

   - Javier ! lui disait sa mère, ton grand-père a beaucoup travaillé, ta grand-mère a beaucoup travaillé, ton père travaille, ton frère Carlos travaille. Et toi, quand te décideras-tu à travailler ?

   - J’ai mieux à faire, disait Javier.

   - Mais quoi donc ? demandait Rosita.

   - Je ne sais pas encore, disait Javier.

   Pour dissimuler le mieux possible son inactivité et sa paresse, Javier, un beau jour, se déclara musicien et poète. Il s’enfermait de longues heures sous prétexte d’écrire des pages dont personne ne voyait jamais rien. Je l’aimais beaucoup. Pendant que Carlos mêlait travaux et intrigues avec une sorte de fièvre et qu’Augustin pilotait des voitures de plus en plus rapides, il menait et souvent avec moi, la vie la plus oisive et la plus délicieuse.  

 

Descriptif

Editions France Loisirs année 1987 ISBN 2724232674, état général assez bon, Jaquette un peu marquée, couverture rigide, tranche et dos un peu passés, intérieur assez frais, livre d’occasion relié grand format de 14,2x21 cm, 384 pages   



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