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PHILIPE Anne – Un été près de la mer

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Extrait 1

   L’orage avait laissé peu de traces, la terre ne semblait pas responsable de la passion de la nuit. Le ciel avait retrouvé sa limpidité longtemps perdue. Une odeur d’eucalyptus et de lavande flottait dans l’air.

   Elsa tendit les hamacs gorgés de pluie, renversa les fauteuils de toile et tira le divan jusqu’au soleil ; elle fit le tour des plantes ; le basilic et l’estragon avaient reverdi.

   Puck apparut sur le seuil. Nu, toujours nu le matin :

   - Salut !

   Médor entendant sa voix accourut lui faire fête.

   - Il a plu ?

   - I y a eu un très fort orage.

   Il regarda vers le vallon.

   - Chouette, les chevaux des voisins vont revenir !

   Il alla vers les lavandes ; trop d’abeilles les butinaient pour qu’il puisse capturer les papillons bleus. Il revint dégouté vers les néfliers où vivent les grands papillons roux, noir et blanc au vol nonchalant, mais qu’il ne peut attraper tant leur mimétisme est parfait. Il chercha les chenilles.

   - Elles sont devenues des papillons, dit Elsa.

   - Je voudrais que les papillons redeviennent des chenilles. Pourquoi je les vois toujours trop tard ?

   Il ne les aime pas, il en a tué deux cette année. L’un, il l’a épinglé sur un bout de liège et a regardé son corps pareil à une longue graine veloutée se tortiller et ses ailes battre. L’autre, il l’a enfermé dans un bocal où Thomas avait placé un coton imbibé d’éther, l’insecte a continué à voler, s’est heurté aux parois, s’est posé, a volé, vacillé, agité les pattes, s’est redressé, a vacillé encore, ses antennes ont vibré, ses ailes se sont ouvertes et fermées lentement et enfin comme le papillon épinglé, il a cessé de bouger. Puck a constaté son pouvoir de donner la mort.

   Elsa regardait Charlotte qui elle-même regardait son père ou plutôt le buvait des yeux, elle était assise à ses côtés et cependant se tendait vers lui comme une tige vers le soleil.

   - Tu reviens de vacances, disait-elle, et tu es arrivé comme ça en surprise…

   - Oui.

   - Et tu étais où ?

   - En Italie.

   - C’était bien, tes vacances ?

   - Oui, c’était bien, oui. J’étais chez des amis qui avaient un bateau, on a fait beaucoup de voile.

 

Extrait 2

   Elsa approchait d’un voilier qui venait de jeter l’ancre, elle le contourna et continua vers la Bastide Blanche. La joie de sentir son corps glisser dans l’eau et tracer un sillage droit l’enivrait. Elle nagea longtemps puis revint. Elle savait qu’en se tenant au large la haute pierre de granit qui lui servait de repère au sommet des rochers lui apparaîtrait plus tôt. Elle distingua Jeanne et François et le drap de bain blanc ; vers la gauche elle reconnut la silhouette de Puck qui courait dans les rochers en tenant précieusement son masque, sans doute plein d’eau où nageaient quelques crabes. En approchant davantage elle vit plus clairement le couple. Ils se tenaient enlacés, Jeanne était étendue sur le dos, les jambes allongées, un bras en arceau, l’autre caressant le dos de François dont la tête reposait contre sa hanche. Elsa pensa qu’il partait ce soir. Charlotte et Bernard n’étaient pas là. Elle changea de cap et se dirigea vers Puck qu’elle appela. Il s’arrêta, agita un bras et montra en le soulevant, le masque. Au même moment elle vit apparaître Thomas, il descendait à moto la côte abrupte, il disparut un instant puis sa silhouette se détacha sur le ciel à côté de la pierre dressée. Il regarda la mer, découvrit Jeanne et François. Que va-t-il faire ? se demanda Elsa. Il fit un signe de tête, tourna le dos et descendit l’autre versant de la colline, plus à l’est.

   Elsa prit pied à quelques mètres de Puck. Il sortit ses crabes un à un, en les tenant avec prudence entre le pouce et l’index ainsi que le lui avait appris Thomas.

   - Tu ne te baignes pas ?

   Il dit qu’il n’en avait pas envie. Quand elle s’étendit il vint près d’elle.

   - Je voudrais que tu me racontes une histoire avec un requin, dit-il.

   - Pas tout de suite.

   Il insista :

   - Je voudrais.

   Elsa regardait l’horizon, une mouette dessinait dans l’espace, elle descendait vers la mer, s’y heurtait, remontait vers le ciel et s’y perdait. Puck s’amusa avec ses crabes puis redemanda une histoire.

   - Pas tout de suite, répéta-t-elle. Si tu cherchais d’autres crabes ?

   - Maintenant il y a trop de soleil, ils se cachent.

   Elle répondit qu’il y avait des coins d’ombre, même très sombres, protégés du soleil.

   - Alors je veux du raisin, dit-il.

   Elsa ne voulait pas qu’il aille du côté de Jeanne et de François ; elle continuait à suivre le jeu de la mouette.

 

Descriptif

Editions NRF Gallimard année 1978, état général moyen, couverture souple, tranche et dos un peu marqués et moyennement salis, intérieur assez frais, livre d’occasion broché moyen format de 12x18,8 cm, 208 pages   



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