Fleuve Noir

RIBES F.-H. – Une bombe signée Lecomte

Réf: esp-fne599
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Description
Avis

Extraits

1/   Ce n’est que lorsque le petit appareil eut atteint son plein régime, à trois mille mètres au-dessus de la mer de Chine, que le grand chef de la CIA rompit avec son attitude monolithique.

   Il sortit sa vieille pipe, commença à la bourrer avec des gestes méticuleux, puis l’alluma avec volupté et la cala enfin entre ses dents jaunes et mal plantées.

   Un instant, son regard resta fixé sur la nuque du pilote qui émergeait du siège avant, avec les écouteurs-radio étroitement collés aux oreilles.

   Rassuré par cette constatation qui lui permettait de parler en toute liberté, le colonel se tourna vers KB-09.

   - Vous avez entendu parler des « Turbans Jaunes », cette société secrète qui reste l’une des plus anciennes organisations clandestines chinoises et qui, depuis l’arrivée au pouvoir des communistes, s’est reliée à Hong-Kong et à Formose ?

   Lecomte approuva de la tête.

   - En effet, et je me suis laissé dire aussi qu’elle était toujours en relation avec les services de renseignements de tous les pays opposés à l’action subversive de Pékin.

   - C’est exact, et la CIA est privilégiée de ce côté-là, car vous n’êtes pas sans savoir le soutien qu’apporte la Maison Blanche au gouvernement nationaliste de Tchang-Kai Chek. Cette fois encore, le tuyau nous a été fourni par nos alliés de Formose, et cela grâce à des raisonnements d’ivrognes qui, s’ils paraissaient n’avoir aucune valeur au début, ont tout de même fini par susciter l’intérêt, surtout venant de la part du docteur Johan Kexel.

   - Je suppose qu’il s’agit de l’ivrogne en question ?

   - Oui. Un Suédois établi à Formose depuis environ deux ans.

   - Pour quelles raisons ?

   - Kexel est un alcoolique, mais c’est aussi un très grand bonhomme. Formose avait grandement besoin de gars comme lui. Il a trouvé cette combine et s’est installé à Taipeh. Il travaille là-bas dans un hôpital et y enseigne la chirurgie. Ses méthodes sont, paraît-il assez étonnantes.

   - Pour un homme qui boit…

   Le colonel prit le temps d’ôter la pipe de des lèvres.

   - Beaucoup de grands hommes ont été des ivrognes. Baudelaire buvait pas mal d’après ce que je sais…    

 

2/   Lecomte ne parut pas lui prêter une attention spéciale et attendit qu’elle eût disparu par la première porte.

   Il fallait laisser à Tsao-Lin le temps d’atteindre la tisanerie et, ce temps-là, il le mesura à la longueur d’une cigarette.

   A la dernière bouffée, il jeta un regard autour de lui. La terrasse était vide. Seuls quelques malades circulaient dans le jardin, soit à petits pas mal assurés, soit dans des chaises roulantes.

   Alors il respira un grand coup et décida de passer à l’action sans plus attendre.

   De toute façon, KB-09 ne pouvait rien changer à cette situation d’appui qu’il venait de créer.

   Il longea la terrasse, d’une allure de promeneur, atteignit le jardin, prit une allée à peu près déserte et fila en direction de l’escalier numéro 3.

   Un dernier coup d’œil derrière lui le rassura et le décida d’un coup. Il sauta alors sur les échelons et se mit à grimper sans se presser.

   Ce n’est qu’au moment où il posait le pied sur le premier balcon qu’il eût une brève seconde de panique.

   Une grosse infirmière sortait d’une porte-fenêtre avec un ballot de linge sale sous le bras.

   La gorge nouée par l’inquiétude, il se plaqua d’un bond derrière l’échelle d’incendie, mais l’imposante matrone lui tournait le dos et s’éloignait sans avoir remarqué sa présence.

   Il la vit s’engouffrer à l’intérieur d’une autre chambre, dix mètres plus loin et il poussa un soupir en reprenant son ascension.

   Enfin, au deuxième étage, Lecomte s’orienta rapidement et repéra la chambre du nommé Cooper. En gros, une trentaine de mètres mais cette distance prenait soudain des proportions effrayantes à en juger par le risque qu’il prenait de se faire remarquer en passant devant chaque chambre.

   Un malade, une infirmière, un docteur, quelqu’un pouvait l’apercevoir, s’étonner, s’inquiéter, l’appeler, lui poser des questions.

   Toute feinte de ce côté-là était sans issue, il le savait…

   Mais il n’avait pas le choix et devait suivre le mouvement qu’il s’était imposé.

   Comme s’il se grattait le front, sa main droite lui masquant en partie le visage, il s’engagea dans le couloir extérieur d’un pas ferme et résolu, compta onze chambres et atteignit la douzième avec un nouveau soupir de soulagement.

 

Descriptif

Editions Fleuve Noir Espionnage 599 année 1967, état général moyen, couverture souple, tanche et dos moyennement marqués et passés, pages jaunies, tranches des pages moyennement salies, livre d’occasion broché format poche de 11,3x17,7 cm, 256 pages



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