Fleuve Noir

SAINT MOORE A. – Il faut tuer…, Mr Gunther

Réf: esp-fne261
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Extraits

1/   Dunn était un des rares individus pour qui le monde apparaissait sous le jour cru et froid de la vérité. Lumière inhumaine et cruelle qui ne laissait pas d’ombres inutiles. Et ce monde était un monde sauvage et sans pitié, dominé par la volonté de puissance et de cupidité. Le vieux monde de la préhistoire équipé au radar et aux cerveaux électroniques. Un monde toujours impitoyable et conquérant mais dorénavant doué de réflexes cybernétiques.

   Mais peut-être, après tout, ce monde était-il lui-même aussi faux que celui des idéalistes bêlants ? se dit J.S. en se levant et s’étirant.

   Il rentra dans son bureau et aperçut Gunther tranquillement assis dans un fauteuil.

   - Comment êtes-vous entré ? grogna Dunn.

   - Par la porte, dit Gunther.

   - Irrésistible, dit le Vieux hargneusement. Vous ne pouvez pas frapper comme tout le monde ?

   - J’ai frappé, dit Gunther. Mais vous rêviez face à la ville, comme Napoléon sur ce fameux rocher de cette fameuse île. Alors je suis entré et je me suis assis.

   J.S. poussa un grognement et s’assit dans son fauteuil. Gunther le regarda en souriant. Rien qu’à le regarder, il pouvait deviner que le Vieux allait lui coller une sale mission. Dunn était de cette race des sentimentaux qui se sauvent de leur sensibilité par la mauvaise humeur. Autant dire que l’humeur de J.S. était mauvaise douze heures par jour au moins.

   - C’est une si sale histoire que ça ? demanda Gunther.

   - De quoi diable parlez-vous ?

   - Du boulot que vous allez me donner.

   Dunn haussa ses massives épaules. Il avait horreur de se sentir deviné et Gunther avait un talent particulier pour le deviner.

   - Ne jouez donc pas les fakirs, Face d’Ange ! grogna-t-il.

   Gunther sourit. Il aimait bien le vieux Dunn. C’était même un des rares hommes qu’il aimât vraiment. J.S. était un vieux crocodile à l’âme tendre et au cuir dur.

   - Vous avez visité des camps d’extermination, Face d’Ange ? demanda J.S.

   - Quelques-uns, dit Gunther.

   - De quel côté ?

   - Dachau, Ravensbrück, Mauthausen.

   - Pas mal, dit Dunn. Dans le genre, c’était près de la réussite, mais il y a eu mieux que ça.

 

2/   Gunther s’assit à la terrasse d’un café pour faire le point. Il commanda un espresso et se mit à le boire en regardant la pluie qui continuait de noyer la ville.

   Il avait certes eu des missions plus dangereuses à exécuter et la plupart étaient plus désagréables que celle-ci. Seulement il lui fallait dénicher le vieux vautour que la Brigade Spéciale entourait de soins attentifs. Et ce corps d’élite avait une réputation bien arrêtée d’efficacité. De toute évidence il ne fallait pas compter sur le commissaire Ameliez pour simplifier les choses.

   En fait la seule chose utile que Gunther avait pu tirer de lui c’était l’adresse du responsable de l’O.R.I. Celle de ce Julian Manderez qui était un des responsables de l’Organisme de Représailles. C’était la seule piste à laquelle il pouvait s’accrocher au départ.

   Après tout, ces types-là étaient chargés eux aussi de retrouver Anchewich et il n’y avait aucune raison pour qu’ils ne travaillent pas ensemble.

   Gunther paya son café et héla un taxi. Ils roulèrent sous les halos blancs de l’averse qui secouait lentement à travers les rues ses rideaux ondulants.

   La rue San Jeronimo était une petite rue montante et coupée d’un escalier, quelque part dans le vieux faubourg. L’eau des ruisseaux dévalait impétueusement le long des trottoirs et charriait des vieux journaux et des détritus de légumes.

   Quelques gosses, trempés de la tête au pieds, faisaient des courses de bateaux dans ces rapides miniatures.

   Gunther traversa la rue en courant et pénétra dans le corridor 567. Une puissante odeur de soupe aux choux lui frappa les narines dès son entrée.

   Assise dans la cour sous un auvent de tôle ondulée sur lequel la pluie grondait comme un tonnerre, une vielle femme plumait une volaille étique. Gunther s’approcha.

   - Le señor Manderez habite ici ? cria-t-il pour surmonter le roulement de l’averse.

   Elle le regarda de ses petits yeux un peu hagards et essuya son front trempé. Des duvets et des plumes s’étaient collés à son chignon gris.

   - Là-haut, dit-elle. Au premier.

 

Descriptif

Editions Fleuve Noir Espionnage 261 année 1960, état général correct, couverture souple, tranche et dos marqués et passés, pages jaunies, tranches des pages salies, cassures sur la tranche livre d’occasion broché format poche de 11,3x17,7 cm, 222 pages



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