Le livre de poche

WHITEHEAD Colson – Underground railroad

Réf: re-ldp35330
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Description
Avis

Titre original « The underground railroad » Colson Whitehead, 2016.

Traduit de l’américain par Serge CHAUVIN

Extraits

1/   Elle resta figée, pantelante. Tenant la hachette des deux mains. La lame oscillait dans l’air, comme si elle luttait avec un spectre, mais la jeune fille, elle, ne faiblit pas.

   Blake serra les poings et s’avança vers Cora. Suivi de sa bande, crispée. Puis il s’arrêta. Ce qui se passa à cet instant entre ces deux personnages – le jeune homme costaud et la gamine fluette en chemise blanche – est une affaire de point de vue. Pour les spectateurs de la première rangée, le visage de Blake se tordit de surprise et d’inquiétude, comme s’il avait trébuché sur une colonie de frelons. Ceux qui se tenaient près des nouvelles huttes virent les yeux de Cora darder de gauche à droite, comme si elle prenait la mesure d’une légion en marche et non d’un seul homme. Une armée qu’elle n’en était pas moins prête à affronter. Quelle que soit la perspective, l’important était le message communiqué par l’une, sa posture et son expression, et interprété par l’autre : Tu auras peut-être le dessus, mais il t’en coûtera cher.

   Ils demeurèrent face à face quelques instants, jusqu’à ce qu’Alice sonne la cloche du petit-déjeuner. Nul n’était prêt à sacrifier son rata. Au retour des champs, Cora nettoya son lopin, réduit au chaos. Elle y fit rouler le tronçon d’érable, vestige d’un quelconque projet de construction, et devint son perchoir chaque fois qu’elle avait du temps libre.

   Si Cora n’avait pas sa place à Hob avant les manœuvres d’Ava, à présent elle y était chez elle. Elle en était la résidente la plus sulfureuse, et aussi la plus pérenne. A la longue, le travail finissait par briser les infirmes, toujours, et celles qui n’avaient plus toute leur tête étaient vendues à l’encan ou se tranchaient la gorge. Vite remplacées. Seule Cora demeurait. Hob était son foyer.

 

2/   Un esclave en fuite pouvait ne rapporter guère plus de deux dollars si le maître était un grippe-sou ou si le nègre revenait abîmé, ou inversement en valoir cent, voire le double s’il était capturé hors des frontières de l’Etat. Ridgeway devint un vrai chasseur d’esclaves après sa première expédition dans le New Jersey, où il était allé récupérer le bien d’un planteur local. Betsy, échappée des champs de tabac de Virginie, était parvenue jusqu’à Trenton. Elle s’était cachée chez des cousins jusqu’à ce qu’un ami de son maître la reconnaisse au marché. Le maître offrait aux patrouilleurs locaux vingt dollars à la livraison plus les frais, dans la limite du raisonnable.

   Il ne s’était jamais aventuré si loin. Plus il avançait vers le nord, plus ses repères s’amenuisaient. Comme ce pays était grand ! Et chaque ville plus insensée et compliquée que la précédente. Le tohu-bohu de Washington lui donna le tournis. Il vomit en apercevant, au détour d’une rue, le chantier du Capitole, les boyaux vidés soit par une huitre avariée, soit par l’énormité de cette chose qui agitait la révolte au tréfond de son être. Il recherchait les tavernes les plus minables, et retournait dans sa tête les récits entendus en grattant ses poux. La moindre traversée en bac le livrait à une nouvelle nation insulaire, criarde et imposante.

   A la prison de Trenton, le shérif adjoint le traita comme un homme d’envergure. Il ne s’agissait plus de fustiger un garçon de couleur au crépuscule ou d’interrompre une fête d’esclaves pour le plaisir. Cette fois, c’était un travail d’homme. Dans un bosquet près de Richmond, Betsy lui fit une proposition lascive en échange de sa liberté et releva sa robe de ses doigts fins. Elle avait les hanches minces, une grande bouche et les yeux gris. Il ne lui promit rien. C’était la première fois qu’il couchait avec une femme. Elle lui cracha dessus quand il rattacha ses chaînes, et de nouveau en atteignant la demeure de son maître. Ce dernier et ses fils rirent de le voir s’essuyer le visage, mais les vingt dollars lui payèrent des bottes neuves, ainsi qu’un manteau de brocart comme en portaient les notables de la capitale. Il garda les bottes des années. Mais il était depuis longtemps trop bedonnant pour porter le manteau.

 

3/   Résumé

   Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie lui propose de s’enfuir pour gagner avec lui les Etats libres du Nord, elle accepte.

   De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves, elle fera tout pour conquérir sa liberté. Exploration des fondements et de la mécanique du racisme, récit saisissant d’un combat poignant, Underground railroad est une œuvre politique aujourd’hui plus que jamais nécessaire.

 

Descriptif

Editions Le Livre de poche 35330 de 2019 ISBN 9782253100744, Bon état général, couverture souple tranche et dos un peu marqués et passés, intérieur frais, tranches des pages un peu salies, livre d’occasion broché format poche de 11,2x18,2 cm, 416 pages.



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