Le livre de poche
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ZYKE Cizia - Alixe

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Description
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Extrait 1

   J’avais préparé mon itinéraire avec beaucoup de soin. Je devais sortir du vestiaire par la lucarne toute couverte de poussière qui donne sur la cour de derrière. La chaise que j’avais placée la semaine dernière était toujours là. J’ai grimpé dessus et je me suis faufilée par la petite fenêtre en faisant bien attention à ne pas déchirer mon short au gros clou rouillé. Je suis passée par le vieil escalier, où il n’y a jamais personne, j’ai traversé l’allée en courant et je me suis retrouvée dans le jardin.

   Il y avait Blanchette, le jardinier, qui s’occupait des rosiers, le long du mur. Il était loin et en plus il me tournait le dos. On l’appelle Blanchette parce que c’est un Africain et qu’il est noir. Il est gentil et très bête. Je suis la seule à savoir son secret parce que je l’ai espionné souvent : il boit de l’alcool. Il a une petite bouteille en métal cachée sous son grand tabler bleu et de temps en temps, il regarde partout autour de lui et il boit un coup très vite, en renversant la tête en arrière. Il fait aussi pipi sur les fleurs. L’année prochaine il n’a pas intérêt à me faire des remarques sinon je le dénoncerai.

   En me cachant derrière les haies, je n’ai pas eu de mal à gagner sa cabane à outils, qui est un vrai capharnaüm. Le gros flacon avec son étiquette orange était à la même place, sur l’étagère. C’est du poison pour les taupes. Il y a une tête de mort dessinée dessus et j’ai vérifié dans mon dictionnaire tous les noms des produits de la composition, que j’avais recopiés sur un papier. Très, très dangereux, c’est bien écrit en bas de l’étiquette : « Ne pas avaler, ne pas inhaler. » J’en ai rempli à ras bord le vaporisateur des gouttes pour le nez que j’avais dans mes affaires et puis j’ai fait bien attention à remettre le flacon à la même place, comme dans le livre d’Agatha Christie.

   J’aime beaucoup les romans policiers et surtout Agatha Christie. C’est elle qui m’a donné l’idée.

   Je suis repartie en courant. J’étais encore dans les temps par rapport à mon plan, mais il ne fallait pas traînasser.

   Comme je l’avais prévu, j’ai trouvé Djingo, le caniche de la directrice, à côté de sa gamelle du matin, derrière le réfectoire. Comme d’habitude, il m’a accueillie en frétillant et en remuant sa ridicule petite queue grise, parce que je suis toujours gentille avec lui et qu’il m’aime bien. Je lui ai caressé la tête et je lui ai donné le premier des sucres que j’avais glissés dans ma poche, ce matin, en lui faisant : « Chut, chut, Djingo, bien sage. » C’était un capricieux et quelque fois, il lui arrivait d’aboyer pour rien. Je ne voulais pas qu’il alerte la mère Ronchon, la cuisinière que j’entendais ranger la vaisselle du petit déjeuner, dans le réfectoire.

 

Extrait 2

   Je l’ai pressenti dès mon arrivée à la table, ce matin, au petit déjeuner. Voir leurs visages m’a remplie d’un terrible sentiment de mal à l’aise. Seul Anthony avait l’air normal. Elle, elle m’observait. Ses sales yeux trop clairs ne me quittaient pas. Elle me guettait. Immédiatement j’ai soupçonné qu’elle ruminait un coup vicieux à mon intention. Quand j’ai remarqué que Dad lui-même coulait de temps en temps un regard en dessous vers moi, je n’ai plus éprouvé aucun doute. Une sensation indéfinissable, désagréable, froide, a envahi ma poitrine.

   Le père et la mère. Les étrangers. La conspiration des étrangers. C’est ce que j’ai pensé.

   J’ai tenté de masquer mon trouble, le temps de pouvoir quitter la table sans éveiller l’attention, et je suis retournée dans la maison. Par le couloir du grand salon, j’ai rejoint la chambre d’ami, la seule pièce du rez-de-chaussée dont la fenêtre à guillotine peut être refermée de l’extérieur. J’ai atterri dans les buissons, puis longé le mur pour faire le tour de la maison jusqu’à rejoindre les abords de la terrasse.

   Mamy et Dad étaient toujours attablés. Ils discutaient.

   Je me suis glissée avec d’infinies précautions au plus profond du massif d’hortensias, aux énormes boules de pétales bleus et au feuillage épais, qui me dissimulaient complètement à leurs éventuels regards de ce côté. De là, je n’y voyais rien non plus, mais je les entendais parfaitement.

   Non, je ne m’étais pas trompée.

   C’était bien de moi qu’ils parlaient. Mamy, surtout, de cette voix éraillée par la fumée que je haïrai jusqu’à la fin de mes jours, alignant ces phrases horribles dont chaque mot s’est inscrit dans ma mémoire.

   - Ecoute, Henri. Tu pourrais quand même m’accorder une certaine attention. Je ne suis ni stupide, ni gâteuse…

   - Mais non, maman.

   - Si je t’en parle, c’est que je le juge important. Que je sache, je ne me suis jamais mêlée de tes affaires. Depuis la mort de ton père, tu as organisé ton existence comme tu l’as voulu. Alors, aujourd’hui, s’il te plaît, prête attention à ce conseil. C’est ta mère qui te parle.

   - Mais enfin, maman, c’est totalement invraisemblable. On nage en pleine fiction.

   - En plein roman, tu veux dire. Car le problème vient de là.

   - C’est impossible.

   - C’est elle, Henri !

 

Descriptif

Editions Le Livre de Poche 7694 année 1997 ISBN 2253076945, état général correct, couverture souple, tranche et dos marqués et passés, pages un peu jaunies, tranches des pages moyennement salies, livre d’occasion broché format poche de 11,2x16,7 cm, 256 pages



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