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Mes coups de coeur de bouquiniste du 20/03/2017 au 01/04/2017 

SPECIAL Livres rares et collections
Poésies Nouvelles dAlfred de MUSSET Editions Librairie Garnier Frères Collection Classiques Garnier année 1928 livre doccasion broché dimensions 12x18,8 cm, 339 pages

 

MUSSET Alfred de – Poésies Nouvelles – Librairie Garnier Frères 1928

  Regrettez-vous le temps où le ciel sur la terre
   Marchait et respirait dans un peuple de dieux ?
   Où Vénus Astarté, fille de l’onde amère,
   Secouait, vierge encor, les larmes de sa mère,
   Et fécondait le monde en tordant ses cheveux ?
   Regrettez-vous le temps où les Nymphes lascives
   Ondoyaient au soleil parmi les fleurs des eaux,
   Et d’un éclat de rire agaçaient sur les rives
   Les Faunes indolents couchés dans les roseaux ?
   Où les sources tremblaient des baisers de Narcisse ?
   Où, du nord au midi, sur la création
   Hercule promenait l’éternelle justice
   Sous son manteau sanglant, taillé dans un lion ?
   Où les Sylvains moqueurs, dans l’écorce des chênes,
   Avec les rameaux verts se balançaient au vent,
   Et sifflaient dans l’écho la chanson du passant ?
   Où tout était divin, jusqu’aux douleurs humaines,
   Où le monde adorait ce qu’il tue aujourd’hui,
   Où quatre mille dieux n’avaient pas un athée,
   Où tout était heureux excepté Prométhée,
   Frère aîné de Satan, qui tomba comme lui ?
   - Et, quand tout fut changé, le ciel, la terre et l’homme,
   Quand le berceau du monde en devint le cercueil,
   Quand l’ouragan du Nord sur les débris de Rome
   De sa sombre avalanche étendit le linceul, -


uvres complètes de Sir Arthur Conan Doyle Tome 11 Histoires du ring Editions Robert Laffont année 1958 livre relié grand format dimensions 13,5x20,6 cm, 570 pages.
CONAN DOYLE Arthur - Œuvres complète Tome 11 - Histoires du ring

   - Je crois, Harrison, demanda mon oncle, que vous ne maintenez pas votre opposition ?
   - Ne puis-je prendre sa place ?
   - Vous ne voudriez pas qu’il soit dit que j’ai lancé un défi et que j’ai cédé ma place à un autre ? murmura Jim. Je tiens là une chance unique. Pour l’amour du ciel, ne me barrez pas la route !
   Tout le visage habituellement placide du forgeron trahissait des émotions contradictoires. Finalement, il frappa la table de son poing.
   - Je n’y suis pour rien ! s’écria-t-il. Cela devait arriver : c’est arrivé. Jim, mon garçon, au nom du Seigneur, souviens-toi de garder tes distances ! Evite le combat de près avec un adversaire qui peut te rendre sept ou huit kilos !
   - J’étais sûr que Harrison ne s’opposerait à un événement sportif, dit mon oncle. Nous sommes heureux que vous soyez monté ici, afin que nous puissions vous consulter sur la réalisation concrète de votre défi très élégant.
   - Quel est mon adversaire ? demanda Jim en regardant dans l’assistance qui s’était levée toute entière.
   - Jeune homme, vous en saurez assez sur votre adversaire avant la fin de cette histoire ! cria Berks en fendant la foule de son pas lourd. Vous aurez besoin d’un ami pour vous relever, comprenez-vous ?
   Jim le regarda avec un dégoût indicible.
   - Vous n’allez tout de même pas m’obliger à me battre contre un ivrogne ? dit-il. Où est Jem Belcher ?
   - Ici, jeune homme.
   - Il vous faudra travailler avant de vous frotter à moi, mon garçon, et faire vos preuves. Pour grimper à l’échelle, vous ne sautez pas au dernier barreau d’un seul bond : vous la gravissez barreau après barreau. Alors montrez-vous digne d’être mon rival, et je vous donnerai une chance.
Ma cousine Rachel de Daphné du Maurier Editions Rencontre année 1952 Traduit de langlais par Denise Van Moppes livre relié grand format dimensions 14,5x21cm, 448 pages.

MAURIER Daphné du – Ma cousine Rachel


 

Dans l’ancien temps, l’on pendait les gens au carrefour des Quatre-Chemins.
   On ne le fait plus. Maintenant, quand un assassin paie sa dette à la société, cela se passe à Bodmin après jugement en due forme aux assises. Je parle des cas où la loi le condamne avant que sa propre conscience ne l’ait tué. C’est mieux ainsi. Cela ressemble à une opération chirurgicale, et le cadavre reçoit une sépulture décente bien que la tombe reste anonyme. Dans mon enfance, il en allait autrement. Je me rappelle avoir vu, petit garçon, un homme enchaîné et pendu au carrefour où se croisent les quatre chemins. Son visage et son corps étaient enduits de goudron afin d’en retarder la corruption. Il resta pendu là cinq semaines avant d’être décroché, et c’est la quatrième semaine que je le vis.
   Il se balançait sur son gibet, entre ciel et terre, ou, comme me dit mon cousin Ambroise, entre ciel et enfer. Il n’atteindrait jamais le ciel, et l’enfer qu’il avait connu était perdu pour lui. Ambroise toucha le cadavre du bout de sa canne. Je le vois encore, remuant au vent comme une girouette sur un pivot rouillé, pauvre épouvantail qui avait été un homme.
   La pluie avait pourri sa culotte, sinon son corps, et des lambeaux de coutil se détachaient comme des bandes de papier de ses membres enflés.
   C’était l’hiver et un passant facétieux avait enfoncé une branche dans le gilet déchiré, à l’occasion des fêtes. Je ne sais pourquoi, cette plaisanterie apparut à mes yeux de sept ans comme le suprême outrage, mais je ne dis rien. Ambroise avait dû m’amener là dans un dessein précis, peut-être pour éprouver mes nerfs, pour voir si je me sauverais, u rirais, ou crierais. Etant tout ensemble pour moi un tuteur, un père, un frère, un conseiller, en fait tout mon univers, il me mettait continuellement à l’épreuve.
 
Poésies Choisies dAndré CHENIER Collection Bibliothèque des poètes français et étrangers Editions Louis-Michaud livre doccasion broché dimensions 11,3x17,5 cm, 141 pages  
 
CHENIER André – Poésies Choisies – Editions Louis-Michaud


  … L’artiste eut ce jour-là une étrange vision :
   Fendant la populace hurlante une charrette avançait lentement ; elle était pleine d’hommes jeunes et vieux, pâles, silencieux et dignes. Bientôt, on arriva sur une grande place envahie par la foule ; au milieu se dressait un appareil sinistre : l’échafaud… Un à un, les condamnés montèrent le fatal escalier. Le second qui vint était un homme de taille moyenne, trapu, les épaules larges, la tête démesurément forte. Il n’était pas beau, mais de toute sa personne, ses lèvres au sourire désabusé, et de son regard inspiré se dégageait un charme particulier. Il avait les cheveux et les sourcils noirs, ses yeux étaient d’un bleu éteint presque gris. C’est avec résignation qu’il s’abandonna aux mains des bourreaux.
   Et le terrible couperet s’abattit sur ce cou de trente ans…
   Soudain, ô prodige ! Une forme blanche apparut au pied de la guillotine. Ce que c’était ? On ne le distinguait pas.

PLUTARQUE – Les Vies des Hommes illustres
Plutarque avait bien pris soin de rédiger lui-même sa propre biographie, mais elle ne nous est pas parvenue. L’auteur des « Vies parallèles » a dû attendre huit cents ans pour qu’un compatriote érudit écrivît la sienne.
   La notice que Suidas consacre à Plutarque dans son Lexique ne brille ni par l’étendue ni par l’abondance de détails. La voici :
   « Plutarque naquit au pays de Béotie, en la ville de Chéronée, il vécut au temps de l’empereur Trajan, et même avant. Ledit empereur Trajan lui donna la dignité consulaire et, prenant égard au grand savoir de ce personnage, commanda bien expressément à celui qui gouvernait en son nom le pays d’Illyrie qu’il administrât les affaires de ce pays en prenant en tout l’avis de Plutarque. Il a écrit beaucoup. » C’est tout.
   On ne reprochera pas à ce texte d’être trop long, et pourtant on se voit obligé, si l’on veut se mettre d’accord avec la vérité historique, de le réduire encore de près de la moitié. Notamment : en supprimant tout ce qui est relatif aux prétendues distinctions honorifiques octroyées, selon Suidas, à Plutarque par l’empereur Trajan. Ce qui reste, il faut bien le reconnaître, est assez maigre et se prête difficilement à une exploitation fructueuse.
 

STATTEN Vargo - La planète Pétrifiée


   Le vaisseau-fusée, lancé à une vitesse prodigieuse dans le gouffre énorme de l’Espace, changea brusquement de direction lorsqu’il entra dans le champ d’attraction de la planète Vénus. Cette fois, l’avion bolide approchait du but ! C’était la dernière étape de cette croisière fantastique, c’était la victoire, c’était la réussite de l’exploit aérien le plus audacieux, le plus extraordinaire !
   Malheureusement, les deux héros qui venaient d’accomplir cette prouesse magnifique n’en savaient rien eux-mêmes ! Dans la cabine de la fusée, un jeune homme et une jeune femme étaient étendus à plat ventre sur le plancher de métal, tous deux évanouis. Les régulateurs du dispositif d’approvisionnement d’air avaient cessé de fonctionner, subitement bloqués sans qu’on sût pourquoi ni comment.
   Ils avaient couvert soixante millions de milles dans l’étendue spatiale pour en arriver là ! Et c’était pour eux la mort à brève échéance…
   Vénus se rapprochait. La lumière du soleil se reflétait sur ses nuages éternels. Vénus ! Monde mystérieux défiant à jamais les télescopes des fils de la Terre. Vénus, timidement voilée par les brumes, cachant sa surface énigmatique derrière des immenses draperies de longs brouillards opaques.

uvres de Henri IV Lettres et Harangues sous la direction de Jacques et René Wittman Editions Plon Collection Les Cahiers de lUnité Française année 1941 livre broché moyen format de 12,8x19,8 cm

Œuvres de Henri IV Lettres et Harangues - Plon 1941


 Au terme de nos guerres religieuses qui avaient accumulé les misères et failli livrer la France à la fois à un nouveau démembrement féodal et à la domination étrangère, la pacification générale et le relèvement du royaume ont été essentiellement une œuvre personnelle. On entend bien que c’est plus ou moins le cas de toutes les renaissances. Elles peuvent, toutefois, être plus ou moins promptes, plus ou moins réussies, plus ou moins profondes ; le mérite peut en être partagé et la pente à remonter plus ou moins longue. Mais, à la fin du XVIe siècle, le salut a été dû, sans discussion possible, à un seul homme : Henri IV. Philippe II peut croire un moment qu’il sera maître de notre pays. Dix ans plus tard il n’y avait plus un soldat espagnol chez nous et la France unie était prospère.
   Comment cela s’est-il opéré ? Quel a été l’homme de ce redressement, sans doute unique dans notre histoire ? Comment il vivait, aimait, guerroyait, gouvernait, comment en un mot il a accompli sa mission de chef et de Roi ? C’est ce qu’on verra clairement à travers le choix de lettres et de discours d’Henri de Navarre que nous offrons au public.
 

WINSOR Kathleen – Ambre tome 1

 
   1644
   Une chaude humidité régnait dans la petite chambre de l’accouchée. De violents coups de tonnerre faisaient trembler les vitres, les éclairs paraissaient jaillir de la pièce même. Personne n’osait dire ce que tout le monde pensait – que cet orage, terrible même pour un orage de la mi-mars, constituait certainement un mauvais présage.
   Les femmes du village, observant un silence complet, se tenaient autour du lit et regardaient, l’air anxieux et attentif. Une inquiétude pleine de sympathie et de pitié sourdait de leurs yeux, allant du petit bébé rouge couché à côté de la femme qui venait de lui donner le jour, à sa sage-femme en transpiration, penchée sur le lit et dont les mains s’activaient sous les couvertures.
   - Sarah ! dit doucement la sage-femme.
   Une femme leva les yeux. Elles échangèrent quelques mots à voix basse, puis – tandis que la sage-femme s’asseyait auprès de la cheminée pour baigner l’enfant dans un bassin plein de vin rouge chaud – l’autre femme glissa les mains sous la couverture et, avec des gestes doux et assurés, se mit à pétrir le ventre de la mère. L’expression d’anxiété, confinant à l’horreur, de son visage disparut rapidement quand la jeune accouchée ouvrit les yeux et la regarda.
   L’accouchée avait les traits tirés, amaigris par la souffrance, l’air hagard, les yeux enfoncés et entourés d’un large cerne. Seuls ses légers cheveux blonds, répandus en désordre autour de sa tête, paraissaient encore en vie. Quand elle parla ce fut d’une voix faible et terne, presque dans un murmure :
   - Sarah ! Sarah ! est-ce mon bébé qui pleure ?
   Sarah, sans interrompre son travail, fit oui de la tête avec un sourire contraint.
   - Oui, Judith ! C’est votre bébé, votre fille.