Les Choix de votre bouquiniste du 22 janvier au 4 février 2018
SPECIAL SCIENCE-FICTION

 
Extrait
Les gens de la cité le surveillaient : gens de l’avant-port, des auberges et des allées sinueuses. Ils s’écartaient devant lui et se groupaient en arrière pour le suivre et le regarder.
Le gouffre du temps les séparait. Son kilt, fait d’une étrange étoffe, était d’une teinte inconnue. Ses ornements venaient d’une époque et d’un pays qu’ils ne verraient jamais. Et son visage était étranger.
Ce caractère d’étrangeté les retint quelque temps. Peut-être un souffle de l’incroyable vérité était-il attaché à lui et les effrayait-il. Mais quelqu’un dit un nom qu’un autre répéta et, en quelques secondes, il n’y eut plus de mystère, plus de crainte… rien que de la haine.
Carse entendit ce nom. Vaguement, il le perçut lorsque le chuchotement s’enfla en un cri qui se répercuta dans les rues comme un hurlement de loup.
 




DOURIAUX Hugues – Arasoth


Extrait
A la tête de ses soldats, Cothias de Ruther savourait la joie de tailler dans la chair vive de ses ennemis. Il frappait à gauche, à droite, et s’enfonçait au milieu des opposants sans se soucier des lames qui se levaient vers lui. Il lui semblait qu’il était invulnérable ; son seul but était de se mesurer à Liloth Zolomo, de le désarmer, de lui faire crier merci !
Il n’eut pas ce plaisir. Un tourbillon d’hommes aux prises les uns avec les autres l’éloigna du chef détesté. Le forçant à ferrailler contre plusieurs adversaires à la fois. Il les défit sans grande difficulté : ce n’étaient pas d’habiles bretteurs. Mais quand il regarda à nouveau dans la direction du seigneur révolté, ce dernier avait été jeté à terre, son cheval tué sous lui. Des royaux l’immobilisaient, le frappaient à grands coups de poings et de pieds, lui arrachaient son heaume.
- Ne le tuez pas ! hurla Cothias. Il est le prisonnier de la reine !
 




DOURIAUX Hugues – Les amants pourchassés


Extrait
En ce temps-là, Soratahr était un vaste empire qu’agitait la fronde des seigneurs face à l’empereur Achitalkhan. Fort de leur puissance, régnant sur de vastes provinces et de riches fies, ducs, comtes et barons se livraient à des guerres perpétuelles ou bien conspiraient contre l’autorité centrale. A Matilan, sa capitale, le souverain devait déployer des trésors d’habileté politique afin de sauvegarder sa couronne. Mais il excellait en cet art. L’intrigue était son domaine et son plaisir.
Parmi ses vassaux, tous ne lui étaient pas hostiles. Wiolan Hazuka, maître de la province de Teraga, dans l’île de Kulin, était son cousin et son allié. Mais, précisément parce qu’il était trop puissant, Achitalkhan se méfiait de lui et se refusait à lui accorder les avantages que son parent convoitait. Aussi, après la bataille de Tsuicken – où Wiolan Hazuka, à la tête de l’armée impériale, défit les troupes rebelles -, le sire de Teraga déçu par l’attitude du monarque, s’éloigna de lui. Et lorsqu’il mourut accidentellement, son fils Akhebo, qui lui succéda, ne cacha pas qu’il se considérait comme l’ennemi d’Achitalkhan. Il noua des alliances avec d’anciens frondeurs.