Folio

BLONDIN Marc – Monsieur jadis ou l’école du soir

Réf: rf-f29
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Description
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Extrait

1/   Ces filles du néon vivaient avec ce qu’elles portaient sur elles, un attirail futile et encombrant qu’elles déposaient dans l’arrière-salle d’un bistrot tolérant pour dormir, ou sur la banquette d’une voiture de course pour tourner en rond, l’espace d’un caprice. Leurs expédients de bouts de ficelle prolongeaient une migration perpétuelle où elles changeaient de noms et de dégaines, toujours menacées, prodigues et retorses. Elles truffaient les relations amicales de calamités somptueuses qui incitaient à les éviter lorsqu’on était à jeun. Si bien qu’elles se faisaient de l’humanité l’idée d’un grand troupeau ivre mort depuis l’Arche de Noé et calquaient leur comportement en conséquence. Elles n’avançaient qu’à grand fracas. A la longue, la nuit résorba la plupart de ces figures qu’elle avait engendrées ; certaines, surmontant une sélection naturelle, sans un effort d’accommodement devinrent des compagnes à toutes épreuves, judicieuses et dépourvues de vanité. Popo, en routière chevronnée, se tenait dans les marges de Saint-Germain-des-Prés où elle était apparue très jeune, l’air très vieux, et où elle vieillissait maintenant en état permanent d’adolescence, comme si sa fraîcheur égarée lui eût été remboursée sur le tard.

 

2/   Il baissa les paupières, égarant une larme dans ses moustaches, et répéta assez bas pour être entendu « rigodon des manchots ». Puis fièrement :

   - Jamais, sachez-le bien, les tambours n’ont consenti à battre la charge derrière les colonnes qu’ils devaient entraîner. La tradition l’atteste : au mépris du règlement, on les a vus le plus souvent se ruer à l’ennemi, vibrants au cœur des compagnies comme les cordes d’une lyre. La caisse d’une seule main, de l’autre les baguettes, et rataplan… ultime jonglerie d’un bras qui va tomber.

   Silvagni, Jean le barman, Monsieur Jadis faisaient oui-oui de la tête à l’intention des Norvégiens médusés, qui sentaient que cette véhémence passionnée excédait la manifestation folklorique. Albert tira un effet de son pantalon de velours et adressa à Sonja n baiser du bout des doigts. 

   - Au repos, le tambour ne perd rien de sa hardiesse. Œil de feu, bouche en cœur, il décoche avec un égal bonheur le madrigal et le sarcasme… Mais les plus prestigieux de tous, ma fille, tu pourras le répéter dans ton igloo : ce sont les tapis d’Austerlitz.

 

3/   Résumé

   Monsieur Jadis, comme Cadet Rousselle, avait trois maisons : l’une où ses enfants dormaient avec leur mère ; une autre ou sa compagne dormait avec son mari ; la troisième où sa mère dormait avec son accordéon. Mais il en habitait le plus souvent, une quatrième où tout le monde dormait avec tout le monde, car celle-ci, la seule où il disposât d’un ciel, généralement pendue au tableau, était un hôtel sur le quai Voltaire, où il lui arrivait de s’enfermer a double tour pour mieux poser sur les paysages de son enfance le regard d’un homme libre.

 

Descriptif

Editions Folio 29 année 1972, Assez Bon Etat général, couverture souple, tranche et dos moyennement passés et un peu marqués, pages jaunies, tranches des pages un peu salies, livre d’occasion broché format poche de 11x18 cm, 224 pages



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