Le livre de poche
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GROULT Benoîte et Flora – Journal à quatre mains

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Description
Avis

Extrait

1/   3 octobre 40

   Au menu du déjeuner : poulet rôti. Quand il a été dévoré, contemplant les assiettes sales où le jus se fige, on se demande : « comment ai-je pu avoir envie d’un poulet ? » C’est un indice qui me rassure pour plus tard. Quand mon sang commencera à se figer et que je ne serai plus dans mon assiette. J’espère pouvoir me dire avec la même incrédulité : » Comment ai-je pu avoir envie d’un homme ? » pourvu que le désir ne survive pas aux possibilités de l’assouvir. Et garde-t-on la nostalgie de ce que l’on ne saurait plus désirer ?

   J’ai rencontré ce soir boulevard Saint-Germain, un de mes anciens « danseurs », Daniel Brassin, que j’avais connu autrefois au bal de Centrale. Il est bien entendu démobilisé et parfaitement adapté à la nouvelle situation. Il en sera le profiteur si elle dure. C’est bon d’en connaître un, car c’est bon d’être bas de temps en temps. Il m’a emmenée dîner au Schubert. Le piano est sur la piste et on danse entre les plats. Comme l’argent et le secret siéent à l’homme ! L’ingénieur bellâtre d’hier est devenu – dit-il, d’un air plein de sous-entendus – un rouage secret d’une officieuse remobilisation. Il semble enchanté dans cette remobilisation, son argent lui permet de s’offrir un cadre avantageux, un bon repas, le meilleur vin, toutes choses qui l‘auréolent indûment. J’ai beau ne pas être dupe du décor, je trouve ce soir à Daniel un physique avantageux !

 

2/   10 octobre 41

   Je suis épuisée. Quel repos d’user d’encre et non de salive pour s’exprimer ! eux heures de parlotte ininterrompue et sur un registre de voix inhabituel me ramènent vidée à la maison. Je n’ouvre plus le bec ; ma langue repose comme un objet dans ma bouche et je lui fais du yoga pour la détendre.

   J’ai déjà un adversaire déclaré : la 5e : trente-deux filasses en âge ingrat, qui ricanent de tout ce qui n’est pas parfaitement banal, que l’on ne peut plus intéresser aux contes de fées, et pas encore aux contes de Boccace. Elles vivent pour un an ou deux sur des rites mystérieux et incommunicables, des complicités idiotes, retranchées dans un univers de broutilles dont elles font leurs Himalaya. Je n’aime décidément pas l’enfance, passé l’âge de raison.

 

3/ Résumé

   Au lieu de touches blanches et noires, de l’encre et du papier, en guise de partition, la vie : les sœurs Groult écrivent leur journal « à quatre mains », l’une complétant l’autre en un contre-chant amical et acidulé. La malice domine car le morceau qu’elles interprètent est le temps de leur jeunesse et reflète tout l’allant, le mordant et l’audace de cet âge printanier.

   Il coïncide avec la guerre – Benoîte a dix-neuf ans, Flora quinze en 1940 – mais, même si la France est battue, envahie, occupée, même si les restrictions obligent à geler et jeûner, même si le seul espoir d’en sortir est celui d’un débarquement encore hypothétique, peut-on s’empêcher d’exister ? Le fait qu’Arès mobilise les armées ne prive pas Eros de son carquois, comme dirait Benoîte, la savante des deux.

   Premiers flirts, premiers déboires, premiers tickets, premières semelles de bois… La saveur du livre est là, dans ce mélange de tragi-comédie et de drame que fut la vie entre 1940 et 1945 pour ces deux jeunes filles « de bonne famille » qui se racontent avec spontanéité et verte ironie.  

 

Descriptif

Editions Le Livre de poche 2260 année 1969, Assez Bon Etat général, couverture souple, tranche et dos moyennement passés et marqués, pages jaunies, tranches des pages un peu salies, livre d’occasion broché format poche de 11,2x16,7 cm, 510 pages



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