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IKOR Roger – Les eaux mêlées

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Description
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Prix Goncourt 1955

Extrait

1/   Devant la porte de l’école, une petite foule était déjà rassemblée. Des femmes, presque uniquement. Yanjel hésita. Plus la guerre se prolongeait, plus il soufrait de se montrer en public, lui, seul homme parmi tant de femmes. Certes, il approchait de la quarantaine, il avait quatre enfants à charge ; mais enfin…

   Simon le tirait en avant :

   - Ben, alors, papa, tu prends racines ?

   Tchch ! Que cet enfant est mal élevé, vulgaire ! Toutes les grossièretés, il les ramasse, à l’école ou ailleurs… yankel, qui parlait un français très choisi, était constamment choqué par le langage de son fils. Il s’arrêta et se mit à tancer le gamin :

   - Simon ! Je t’ai déjà dit cent fois qu’on ne parle pas comme ça à son père ! Je…

   L’enfant piaffait. Le père, aussi impatient que lui au fond, s’astreignit néanmoins à aller jusqu’au bout de la semonce ; et quand enfin il se décida à repartir, ce fut en refrénant son allure, qu’il voulait digne, sérieuse, il n’était plus un gamin, non ?

 

2/   Il se demandait s’il n’avait pas affaire à un de ces innombrables petits porteurs de fonds russes, à présent ruinés et maudissait la perfidie slave. Que lui répondre ? Que depuis des années les révolutionnaires clamaient que les emprunts tsaristes servaient uniquement à la répression policière et aux pogroms, et qu’en conséquence eux, les révolutionnaires, refusaient de prendre ces dettes à leur compte ? Un homme ruiné se soucie bien de tels raisonnements ! Mieux valait se taire, se cacher.

   Bien sûr Yankel ne manquait pas d’arguments à faire valoir à l’occasion. Il pouvait parler de ses deux frères engagés volontaires, dont l’un était disparu et l’autre grièvement blessé (depuis de longs mois, Moïshé était en traitement dans un hôpital de province). Il pouvait se glorifier de ses deux garçons nés en France, future Français, futurs soldats, oui, monsieur ! (Et non sans un pincement au cœur à la pensée que la guerre durerait peut-être jusqu’à ce qu’ils fussent en âge). Il pouvait même donner sa parole, jurer qu’il était Français du fond de l’âme (et il ne mentait pas), un vrai patriote, bien qu’il ne se fût pas naturaliser et qu’il n’eût pas versé son sang pour le pays. Il pouvait… Oh ! Il pouvait dire ce qu’il voulait : pour la loi il était Russe, et rien d’autre que Russe, et ses sentiments, la loi s’en moquait, et la politique, dont il s’était si soigneusement gardé, venait le saisir à la gorge.

 

Descriptif

Editions Cercle du Bibliophile Le Club des Grands Prix littéraires année 70, Bon Etat général, Petits accrocs sur la couverture, couverture rigide, tranche et dos un peu passés et marqués, intérieur frais, tranches des pages un peu salies, livre d’occasion relié grand format de 12,8x20,8 cm, 350 pages



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