Albin Michel

SCHMITT Éric-Emmanuel – L’évangile selon Pilate

Réf: rf-ameesesp
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Description
Avis

Extraits

1/   il n’y avait qu’une chose à faire : partir.

   Je devais échapper aux bavardages, aux influences. Depuis trente ans, tout le monde avait un avis sur mon destin, sauf moi. Ecrasé par les conseils, perdu au milieu de cent pistes, diagnostiqué comme très pieux par les uns ou impie par les autres, reconnu, adoré, insulté, moqué, vénéré, écouté, méprisé, interpellé, je n’étais plus un homme, mais une auberge vide au carrefour des routes où chacun arrivait avec son caractère, ses bagages et ses convictions. Je ne résonnais plus que du bruit des autres.

   J’ai fui.

   Je me suis enfoncé dans les terres incultes, là où il n’y a plus d’hommes, où la végétation est naturelle, sauvage, pauvre, où les points d’eau sont rares, là où l’on ne risque plus de faire de rencontres.

   Dans le désert, je ne souhaitais qu’une seule rencontre : moi. J’espérais me découvrir au bout de cette solitude. Si j’étais bien quelqu’un ou quelque chose, je devais me l’apprendre.

   D’abord, je ne trouvai rien. Je n’éprouvais que des sentiments impersonnels ; l’agacement, la fatigue, la faim, la peur du lendemain… puis, après quelques jours, les salissures des dernières semaines s’éloignant, des habitudes frugales s’installant, je redevins l’enfant de Nazareth, cette attente pure de la vie, cet amour de chaque instant, cette adoration pour tout ce qui est. Je me sentais mieux mais j’étais très déçu. Ainsi, un homme, cela n’existait pas vraiment ? En grattant les oripeaux de l’adulte, on ne récupérait qu’un enfant ? Les années n’ajoutaient donc que des poils, de la barbe, des soucis, des querelles, des tentations, des cicatrices, de la fatigue, de la concupiscence, et rien d’autre ?

 

2/   De Pilate à son cher Titus.

   Je hais Jérusalem/ L’air qu’on y respire n’est pas de l’air mais du poison qui rend fou. Tout devient excessif dans ce dédale de rues qui ne sont pas faites pour se diriger mais pour se perdre, sur ces chaussées où l’on se cogne au lieu de circuler, parmi ce fracassement de langues qui arrivent de tout l’Orient et qui ne parlent que pour ne pas s’entendre. On crie trop dehors, on chuchote trop dedans. On ne respecte l’ordre romain que parce qu’on l’exècre. La ville pue l’hypocrisie et les passions contenues. Même le soleil, au-dessus de ces remparts, a des airs de traître. Tu ne peux pas croire que c’est le même soleil qui brille sur Rome et rôde sur Jérusalem. Celui de Rome produit de la lumière, celui de Jérusalem attise l’ombre : il crée des coins où l’on complote, des allées où les voleurs s’enfuient, des temples où le Romain ne peut mettre le pied. Un soleil qui éclaire comme un soleil qui obscurcit, voilà ce que j’ai troqué lorsque j’ai accepté d’être le préfet de Judée.

   J hais Jérusalem. Mais il y a quelque chose que je hais plus encore que Jérusalem : c’est Jérusalem pendant la Pâque.

 

Descriptif

Editions Albin Michel année 2004 ISBN 2226116745, Bon Etat général, couverture souple, tranche et dos un peu passés et marqués, intérieur assez frais, tranches des pages un peu salies, livre d’occasion broché grand format de 13,3x20,3 cm, 342 pages



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