Denoël

AYCARD Albert – Ruth et Simplice

Réf: rf-daars
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Description
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Extrait

1/   Réponse de Simplice à Ruth

   Ma lettre t’avais surprise, la tienne me sidère. Il serait piquant de nous découvrir maintenant. Mieux vaudrait trop tard que jamais.

   La correspondance a certainement des charmes entre le mari et la femme : la dispute conjugale, si sordide dans le tête-à-tête, doit s’y anoblir, ne fût-ce que parce qu’elle contraint de laisser parler l’autre, partant de l’écouter…

   Cependant je répète que je refuse de reprendre notre polémique par lettre. Je suis à ta disposition pour tous renseignements concernant les formalités, mais un haut-le-cœur me saisit à la seule idée de recommencer à discutailler. En ce qui nous concerne, la preuve en est faite : de la discussion naît l’obscurité, plus nous nous expliquons, moins nous nous comprenons. Depuis trois ans que nous délibérons sur notre couple, tout est dit, et un duel à la plume viendrait trop tard. Les mots entre nous ont fait faillite. J’ai personnellement renoncé à te voir jamais leur donner le même sens que moi. Il doit y avoir sans qu’on le sache, deux langues françaises, une par sexe : un français-dames et un français-messieurs. Nul doute en tout cas que je ne m’exprime en quelque dialecte qui te, demeure impénétrable. Je me demande par quel miracle le dialogue, jusqu’ici sourds, deviendrait efficace, épistolaire.

 

2/   Réponse de Ruth à Simplice

   Tu te prends pour La Fontaine ?

   Mon pauvre Simplice, c’est dans le ridicule que tu vas maintenant sombrer, après avoir failli te noyer dans mon « marécage sentimental ». Quelle chance que je sois seule à lire de telles lettres ! Passe encore de te gargariser de formules et de te laver les dents en calembour, péché mignon auquel échappent si peu d’hommes ; mais quand tu t’essaies à la littérature… c’est de la « buffonnerie », comme tu dirais spirituellement, s’il s’agissait de moi.

   Ce ton supérieur que tu crois fin d’adopter en ces circonstances, est pour le moins déplacé. Tu as l’ironie lourde et lâche. Et, surtout, tes effets de manches ne m’impressionnent plus, depuis longtemps !

   Ne te vexe pas, tu paies le prix de la vie commune. Il n’y a de grand homme, ni pour son valet de chambre, ni pour sa femme : c’est l’inconvénient de les confondre.

   A qui peux-tu espérer en imposer encore avec ces images creuses, sinon à toi-même ? Un incorrigible acteur t’habite, dont tu ne te lasses d’admirer le talent. Tu es, à toi seul, un théâtre, une troupe et un public : pratique pour le succès !

 

3/   Résumé

   Mariés depuis cinq ans, séparés de la veille et prêts au divorce, Ruth et Simplice rallument l’éternelle dispute conjugale en un duel épistolaire où les coups bas sont non seulement permis mais recommandés. Lui parle le français-messiers, elle le français-Dames : tous deux se font les champions de leur sexe et son maîtres ès-ruse, ironie et mauvaise foi. Dans ce procès à huis-clos, qui va l’emporter ? Le lecteur – et c’est une des saveurs du livre – est seul à comprendre et à compter les points.

   Mais attention : dans ce « suspense » des sentiments, les mensonges deviennent facilement vérités, la drôlerie réserve des coups au cœur, et votre favori (ou votre favorite), même féroce, risque à tout instant de s’effondrer.

 

Descriptif

Editions Denoël année 1958, Etat général Moyen, couverture souple, tranche et dos passés et marqués avec un accroc sur la tranche, pages jaunies, tranches des pages un peu salies, livre d’occasion broché moyen format de 12,2x18,8 cm, 220 pages



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