Julliard

CURTIS Jean-Louis – L’échelle de soie

Réf: rf-jjlces
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Description
Avis

Extraits

1/   Le lendemain matin je rencontrai Anne à l’hôpital, où l’on avait déposé les cadavres. Son visage était pâle et tiré, mais sans larmes. Je pénétrai à sa suite dans la pièce faisant office de morgue : une salle voûtée, aux énormes piliers de granit – l’hôpital de R… est une ancienne abbaye. Là se dressaient cinq tréteaux parallèles, chacun supportant un corps allongé recouvert d’un drap de lit. Le portier désigna du doigt l’un des tréteaux. Anne s’en approcha. Elle tendit la main vers l’endroit où se devinait sous l’étoffe, la forme d’une tête. Cette main hésitait, puis, d’un geste gauche, elle retira le drap.

   Je dus soutenir Anne pour l’aider à quitter la salle. L’air libre lui redonna quelque force. Je la ramenai chez un avocat de la ville, confrère de son père. Le surlendemain, elle partait pour Paris où l’accueillaient des cousins. Nous ne la revîmes plus.

 

2/   Il me devint sensible que je ne pouvais plus supporter nos amis : Jean-Pierre et son cortège de bacchantes, Martine et l’homme des phosphates. Je ne déteste ni la frivolité ni le snobisme, au contraire ; j’ai presque toujours vécu dans cet état. Il a ses mérites. Il a même ses profondeurs ; et les gens riches font une compagnie reposante : comme ils sont les privilégiés de la terre, on se sent dispensé de les aimer, obligation morale qui rend parfois un peu ardu le commerce des pauvres. J’apprécie donc la frivolité, mais lorsqu’elle s’exerce dans un groupe compact, en masse, elle peut devenir aussi exténuante que n’importe quelle discipline collective. Un totalitarisme des futiles serait effroyable. Par chance, il ne semble pas que ce péril menace notre civilisation. Un soir, je méditai de fuir. Un léger différend que j’avais eu la veille avec Gérard m’assurait dans ce projet. Nous nous étions un peu querellés à propos de nos amis, Jean-Pierre, Martine et les autres. Gérard me reprochait des brusqueries, des mutismes. En effet, il avait paru s’habituer à la présence de nos deux petits boute-en-train. Il s’intégrait aisément à la « bande ». J’en conclus, ou voulu en conclure, que son entraînement pour moi subissait une éclipse, mourait peut-être, de la belle mort des amours enfantines. J’en ressentis, ou feignis d’en ressentir, une délivrance. Sur la nature précise de mes sentiments, l’incertitude. Gérard paraissait heureux, riait, s’amusait avec les autres. « Je peux donc, pensais-je, m’escamoter sans remords ». Aussi étrangère que je sois, ou croie être, à la vanité de régner sur les cœurs, je ne le suis peut-être pas aux communes contradictions de mon sexe.

 

3/   Résumé

   Une jeune fille, Anne, un jeune homme, Gérard, un garçon anonyme, sont les protagonistes de cette histoire d’amour, qui a pour cadre tour à tour un village de la côte napolitaine et la campagne champenoise. Une histoire d’amour qui est vécue les yeux ouverts, sans que la lucidité enlève rien à l’intensité du sentiment. « J’y respirais, dit le narrateur, le parfum de mélancolie, de tendresse et de cruauté, à travers lequel m’atteint parfois la secrète poésie du monde ».

 

Descriptif

Editions Julliard année 1956, Bon état général, couverture souple, tranche et dos un peu passés et marqués, intérieur jauni, tranches des pages moyennement salies, livre d’occasion broché grand format de 12,2x18,8 cm, 176 pages



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