Le livre de poche

MONTHERLANT Henry de – Les célibataires

Réf: rf-ldp397
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Description
Avis

Extraits

1/   En mai 1869, les gens bien de Paris étaient conviés à assister au mariage des petites de Coëtquidan, Angèle et Emilie, « les perruches » comme on les appelait, car elles étaient jumelles. Elles se mariaient le même jour : Angèle épousait un jeune de Coantré, dont la passion était de vivre de ses rentes, et Emilie un officier de marine, M. de Piagnes, qui avait toutes les vertus. M. de Coantré épousait une perruche, parce qu’il en avait soupé des soupeuses, et ne voulait plus que quelqu’un de très bien. « Je la voudrais plutôt bête », avait-il précisé quand ses tantes lui demandaient quelle sorte de jeune personne il souhaitait qu’on lui cherchât ; et quand on lui avait parlé de la petite Coëtquidan : « Est-ce qu’elle est bien bête ? » avait été sa première question : on l’avait rassuré. Quant à M. de Piagnes, il ne se sentait attiré que par les jeunes filles qui ne disaient pas un mot dans les bals ; il concluait de là à leur honnêteté ; et puis il avait pitié d’elles, parce que les danseurs les laissaient en carafe ; c’était le Saint Vincent-de-Paul des bals blancs. Emilie dansa trois cotillons avec M. de Piagnes, au cours desquels elle ne lui dit pas pain. Il en fut bouleversé, et fit sa demande illico.

   Les perruches avaient la réputation de n’être pas intelligentes. Cette réputation était usurpée. Le monde croit volontiers qu’une jeune fille qui joue la comédie, ou qui est « un type », ou qui prépare son baccalauréat, ou qui flirt, ou qui, sans plus, est mal élevée, est une jeune fille intelligente ; et Dieu sait ce qu’il en est en réalité ! Ayant trop donné aux unes, le monde en refuse trop aux autres ; il condamne avec légèreté les jeunes filles sans brillant. Et pourtant, de la sottise avec brillant, ou de la sottise sans brillant, comment ne pas préférer la seconde ? Au moins n’est-elle pas une provocation, et ne collaborera-t-elle pas à cette grande confusion des valeurs qui est de nos jours une plaie sociale dévorante et négligée.

 

2/   M. de Coantré ne s’était nullement soucié de se chercher une situation, au lendemain du jour où il avait appris chez Lebeau son nouvel état de fortune. Pas davantage ne s’en soucia-t-il, au lendemain de sa visite à son oncle. Il se replongea avec passion dans les préparatifs du déménagement, qui matérialisaient à ses yeux la rupture avec « Arago », et l’avènement de la vie nouvelle, et où il trouvait à clouer, à coller, à ficeler et à peindre. Toujours ahuri devant l’écurie d’Augias qu’était, à mettre en ordre, cette maison Arago où on gardait tout, systématiquement, afin de s’épargner d’avoir jamais rien acheter. Ceux qui veulent savoir ce que c’est que le lyrisme du déménagement qu’ils regardent M. de Coantré.

 

Descriptif

Editions Le Livre de poche 397 année 1966, Assez Bon Etat général, couverture souple, tranche et dos un peu marqués et moyennement passés, pages jaunies, tranches des pages un peu salies, livre d’occasion broché format poche de 11,2x16,7 cm, 256 pages



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