France Loisirs

PAGNOL Marcel – La petite fille aux yeux sombres

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Description
Avis

Suivi de Les Secrets de Dieu

Extrait

1/   Un mardi, à onze heures, j’allai attendre le philosophe à la sortie du jardin.

   En face du concierge, le flamant, la tête sous l’aile, dormait au bruit de l’eau ; et cet homme tranquille, qui fumait sa pipe au soleil, ne voyait point, dans ses pattes rouges, des temples énormes, un soleil splendide et la nappe du Nil hanté de crocodiles où glisse l’ombre d’un ibis.

   Le philosophe me tira de ma rêverie.

   - Roseau pensant, me dit-il, je suis heureux de te voir, car j’ai quelque chose à te montrer.

   Il mit son bras sous le mien et nous descendîmes paisiblement.

   - Il est onze heures dix, reprit-il. Dans trois minutes, nous serons au boulevard Philipon. Dans quatre minutes, à moins que le Seigneur ne m’ait pris en grippe, tu verras, dans le décor moderne, un spectacle d’une grâce antique. Attends, et tais-toi.

   Nous arrivâmes au boulevard désiré ; il était presque désert ; seul, un homme assez corpulent venait vers nous. Sa présence parut irriter vivement mon ami.

   - O l’importun stupide ! dit-il. L’imbécile suffisant ! Le coup de tonnerre qui disperserait cette graisse impudente serait-il gaspillé ?

   Ces injures ne me parurent pas en proportion de la faute de cet homme. Mais comme il traversait la rue, le philosophe changea de ton.

   - Non, dit-il, non il est intelligent, c’est un intuitif ; il comprend obscurément les choses ; il est ventru, mais délicat. Tiens, dit-il tout à coup, regarde, libraire, regarde !

   Je regardai.

 

2/   Le lendemain était un dimanche ; je me levai fort tard, et après un dîner obligatoirement important (car ma mère voulut toujours marquer le dimanche par deux plats supplémentaires, et quelque raffinement dans le choix des breuvages), je descendis paisiblement la rue Saint-Savournin, en fumant un cigare.

   Je pensais tout naturellement à la folie de Jacques et je me proposais d’aller le voir sur les cinq heures. Une certaine inquiétude bourdonnait en moi : c’est pour cela peut-être que ce dimanche me parut encore plus bête, plus ignorant et plus triste que tous les autres dimanches de ma vie.

   Au coin du cours Devilliers, je heurtai Grasset. Dans un veston gris à la coupe agréable, il marchait, la tête baissée, sur l’extrême bord du trottoir, si rarement mis à profit. Il portait son feutre à la main, et paraissait, à son habitude, suivre un invisible corbillard.  

 

Descriptif

Editions France Loisirs année 1985 ISBN 2724221397, Etat Correct, Pas de jaquette, couverture rigide, tranche et dos un peu passés et marqués, intérieur assez frais , tranches des pages moyennement salies, livre d’occasion relié grand format de 13,8x20,8 cm, 196 pages



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