Gallimard

SAINT-EXUPERY Antoine de – Terre des hommes

Réf: j-gmsasetdh
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Description
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Extrait

1/   Rien, jamais, en effet, ne remplacera le compagnon perdu. On ne se crée point de vieux camarades. Rien ne vaut le trésor de tant de souvenirs communs, de tant de mauvaises heures vécues ensemble, de tant de brouilles, de réconciliations, de mouvements du cœur. On ne reconstruit pas ces amitiés-là. Il est vain, si l’on plante un chêne, d’espérer s’abriter bientôt sous son feuillage.

   Ainsi va la vie. Nous nous sommes enrichis d’abord, nous avons planté pendant des années, mais viennent les années où le temps défait ce travail et déboise. Les camarades, un à un, nous retirent leur ombre. Et à nos deuils se mêle désormais le regret secret de vieillir.

   Telle est la morale que Mermoz et d’autres nous ont enseignée. La grandeur d’un métier est peut-être avant tout, d’unir des hommes : il n’est qu’un luxe véritable, et c’est celui des relations humaines.

   En travaillant pour les seuls biens matériels, nous bâtissons nous-mêmes notre prison. Nous nous enfermons solitaires, avec notre monnaie de cendre qui ne procure rien qui vaille de vivre.

   Si je cherche dans mes souvenirs ceux qui m’ont laissé un goût durable, si je fais le bilan des heures qui ont compté, à coup sûr je retrouve celles que nulle fortune ne m’eût procurées. On n’achète pas l’amitié d’un Mermoz, d’un compagnon que les épreuves vécues ensemble ont lié à nous pour toujours.

   Cette nuit de vol et ses cent mille étoiles, cette sérénité, cette souveraineté de quelques heures, l’argent ne les achète pas.

 

2/   A Juby, aujourd’hui, Kemal et son frère Mouyane m’ont invité, et je bois le thé sous leur tente. Mouyane me regarde en silence, et conserve, le voile bleu tiré sur les lèvres, une réserve sauvage. Kemal seul me parle et fait les honneurs :

   - Ma tente, mes chameaux, mes femmes, mes esclaves sont à toi.

   Mouyane, toujours, sans me quitter des yeux, se penche vers son frère, prononce quelques mots, puis il rentre dans son silence.

   - Que dit-il ?

   - Il dit : » Bonnafous a volé mille chameaux aux R’Gueïbat. »

   Ce capitaine Bonnafous, officier méhariste des pelotons d’Atar, je ne le connais pas. Mais je connais sa grande légende à travers les Maures. Ils parlent de lui avec colère, mais comme d’une sorte de dieu. Sa présence donne son prix au sable. Il vient de surgir aujourd’hui encore, on ne sait comment, à l’arrière des rezzous qui marchaient vers le sud, volant leurs chameaux par centaines, les obligeant, pour sauver leurs trésors qu’ils croyaient en sécurité, à se rabattre contre lui. Et maintenant, ayant sauvé Atar par cette apparition d’archange, ayant assis son campement sur une haute table calcaire, il demeure là tout droit comme un gage à saisir, et son rayonnement est tel qu’il oblige les tribus à se mettre en marche vers son glaive.

 

Descriptif

Editions Gallimard 1000 Soleils année 1990 ISBN 2070501507, Assez bon Etat général, couverture rigide, tranche et dos légèrement passés et marqués, intérieur assez frais, tranches des pages un peu salies, livre d’occasion relié grand format de 12,8x21 cm, 190 pages



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