Flammarion

SERRES Michel – Nouvelles du monde

Réf: rf-fmsnm
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Description
Avis

Recueil de courts textes mettant face à face récits et paysages.

Extrait 1 de « Noël au radar »

   Réveillé en sursaut, j’aperçus au-dessus de ma tête, le radio les yeux brillants, le verbe rapide, la voix rauque, entouré de bras gesticulants ; je ne l’avais jamais connu qu’impassible.

   - Vite, lieutenant… bégayait-il. Message de détresse… perdu dans la brume… Panne sèche…

   Avant même de comprendre, je sautai de la bannette. Minuit n’avait pas sonné. Arrivés tôt dans l’après-midi d’un long tour en Iroise, presque tout l’équipage et la majorité des officiers avaient quitté le bord, ne laissant en rade, pour la garde, qu’environ dix personnes à errer dans la sombre coque sonore. Plus solitaires encore cette nuit-là que de coutume, nous avions tristement fêté la Noël autour d’une table sans guirlande. J’avais même essayé, sans succès, d’appeler au téléphone ma famille lointaine. Après une promenade parmi le crachin, sur le pont, où parvenait de Lorient, au loin, quelques lumières floues et tremblantes, restait la muraille de fer à qui confier, nez à nez, mon premier sommeil… interrompu comme au couteau par le radio.

   Titubant, je le suivis dans la coursive ; resté à poste, son matelot répondait à un appel à la limite de l’audible et répétait de ne pas quitter. En se coupant sans cesse l’un l’autre, tous deux, excités, racontèrent l’affaire. Après le repas ils avaient pris, comme à l’ordinaire, la veille sur la fréquence de détresse, où ils entendirent soudain un appel qui semblait venir d’assez près. Un avion privé avait décollé le soir même, non loin d’Edimbourg en Ecosse, et le pilote, son propriétaire, se rendait chez des amis en Angleterre, pour le dîner de Noël. Happé par une nappe de brume, le malheureux s’était égaré ; tournant, perdu depuis plusieurs heures, arrivé au terme de son carburant, il lui restait moins de quinze minutes d’autonomie : au secours !

 

Extrait 2 de « Villes sous la jungle »

   A l’inverse des jardins suspendus de Kyôto, ville ouverte sur le ciel, existe-t-il pire séisme que celui, constant, de Tokyo, ville-prison d’espace et de bruit ? ( à quoi condamne-t-on, entre quatre murs, un détenu ou un pensionnaire ? A la privation de paysage et aux écritures sur la cloison de la geôle : comme nous, enchaînés devant les affiches). Géante, sans aucune lacune, la clameur des camions et des voitures, des métros, des trains à grande vitesse, des chantiers, grues, excavateurs, sifflets, marteaux-piqueurs… avions, hélicoptères, sirènes, musiques et ventilateurs, l’entassement sans harmonie d’immeubles que l’arrogance des compagnies riches fait bâtir hauts, lourds et enracinés au plus profond du sol, comme si elles voulaient enchaîner les frémissements de la terre, la puanteur des gaz, des résidus et des rejets, les atroces publicités au néon hideux, véhémentement hurlantes de coloris horrifiants dès la nuit venue, la rumeur d’autant plus silencieuse de la foule hébétée de travail et de déplacements interminables, aux visages volontairement inexpressifs de se trouver irrémédiablement plongés, emprisonnés dans un enfer pire que celui de tous les supplices, sans aucune ouverture qu’inaccessiblement lointaine vers la terre brune et verte, ces rumeurs insensées dont la puissance interdit l’ouïe et l’advenue du verbe assourdissent de leur tintamarre et bouchent de leur clôture l’angoisse dont la permanente prégnance attend les prochaines quarante secondes d’un tellurique râle dont l’intensité brutale avalera, jusqu’à Yokohama, cela… si contraire aux paradis sereins où les bouquets de pierres se lèvent de la Terre crevassée, comme si les anciens Japonais en voulant apaiser les colères subites.

   Si tu t’écartes au maximum du danger infernal en le conjurant par des paradis exemplaires, tête en avant, plonges-y avec tous, hardiment.

   Or, le paradis s’exile des jardins et des parcs impériaux des anciennes cités pour s’ensemencer à loisir dans un espace agraire qui s’amenuise à mesure que la ville moderne envahit l’archipel, comme la Terre entière.

   Hautes ou basses, juxtaposées, des collines couronnées de bois vert-noir se posent à même de petites plaines extraplates – ni vallons ni vallées, mais une stricte géométrie de calottes sphériques coupées par des fragments de plans rendus à la rigueur de l’horizontale – dont l’exiguïté porte, comme en les présentant à la pluie, des rectangles exacts de rizières jade aux verts variables, enchâssés dans des pièces de mosaïques sinueuse et bigarrée, ponctués de deux ou trois bâtisses aux toits dont luisent les tuiles, noires ou bleues, et courbés vers le ciel comme ceux des pagodes.

 

Descriptif

Editions Flammarion année 1997 ISBN 2080355430, état général bon, couverture souple, tranche et dos un peu marqués et passés, intérieur assez frais, livre d’occasion broché grand format de 14x21,2 cm, 272 pages  



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